François Custers, porte-parole du Comité de Concertation des métiers des Musiques Actuelles

par Sandrine Job

François, programmateur de l’Atelier 210 et musicien, est aussi porte-parle du tout nouveau Comité de Concertation des métiers des Musiques Actuelles (CCMA). 

À quelle nécessité a répondu la création du Comité de Concertation de métiers des Musiques Actuelles (CCMA) et de quand date sa création ?
Il n’existait pas jusqu’alors d’espace de concertation entre l’ensemble des métiers des musiques actuelles en Fédération Wallonie-Bruxelles, comme c’était déjà le cas en Flandre avec MuziekOverleg ou en Grande-Bretagne avec UK Music, par exemple. Avec la crise du Covid le besoin d’une meilleure concertation et fédération du secteur est apparu comme évident et ça a largement motivé la naissance du CCMA. C’était important dans la mesure où le secteur des musiques actuelles est mal identifié et évolue encore en bonne partie en dehors des clous. Il était essentiel de se fédérer correctement pour faire comprendre nos réalités aux instances dirigeantes dans un contexte de crise sanitaire où la culture était déjà largement oubliée, mais également pour activer une solidarité au sein du secteur et un meilleur dialogue entre nous, ce qui n’était pas toujours le cas avant.

Quelles ont été les actions concrètes du CCMA depuis le début de la pandémie ?
On a principalement activé un dialogue mensuel qui nous permet d’échanger sur les enjeux auxquels fait face le secteur et d’accorder notre stratégie de manière commune pour porter nos revendications ensemble et ainsi leur donner plus de chance d’être entendues. Sous l’impulsion du CCMA, de nouvelles fédérations sont nées (la Fédération des Bookers et Managers Uni·e·s et l’Union des Attaché·e·s de Presse Indépendant·e·s, par exemple). La naissance du CCMA a également permis d’initier un dialogue constructif avec le ministère de la culture qui nous a rapidement identifié et intégré dans le travail de concertation du secteur (on a notamment participé au groupe de réflexion créé par la ministre Linard autour du redéploiement de la culture en mai 2020). On a également mené des actions auprès des régions pour une harmonisation de la reconnaissance des asbl et leur accès aux aides Covid qui était inégal entre Bruxelles et la Wallonie, travaillé avec la RTBF autour de l’initiative #restart… Plus récemment, le CCMA a été lauréat de la bourse S’tart initié par la Région wallonne afin de mener un gros travail de recensement du secteur, en partenariat avec une équipe universitaire. Ce travail de recensement sera mené sur un an et aura pour but d’obtenir une image concrète des réalités du secteur du point de vue de son poids économique, de ses carences et de ses défis. Cette étude nous donnera une base de travail plus solide pour aborder les challenges structurels auquel le secteur fait face et nous permettra de revaloriser l’ensemble de ses activités. Enfin, on peut citer un rapprochement avec notre pendant flamand, MuziekOverleg, avec qui on dialogue désormais de manière régulière pour tenter de faire des ponts entre nos deux communautés.

Quelle est la position du CCMA face aux dernières décisions gouvernementales prises par rapport à la culture ?
Le CCMA s’aligne largement sur les réactions émises notamment par l’Upac-T ou le mouvement StillStanding. Les décisions sont insuffisantes et ne tiennent pas compte des conditions catastrophiques dans lesquelles le secteur vit depuis plus d’un an. Les décisions prises, ou devrait-on dire “pas prises”, alimentent une situation incohérente et largement injuste au regard de ce qui est autorisé ailleurs. Depuis octobre 2020, le secteur des organisateur·rice·s de concerts a démontré le sérieux des protocoles Covid mis en place pour accueillir les spectateur‧rice·s dans des conditions adaptées et en toute sécurité. On ne comptons plus les articles et interviews d’expert‧e·s affirmant que les lieux culturels font parties des endroits les plus safes par rapport à la propagation du virus. La mise en place d’événements-tests est également évoquée depuis l’automne sans que rien de concret ne se mette en place, sans compter le fait que des dizaines d’expériences similaires ont été réalisées ailleurs en Europe mais qu’on rechigne à les prendre en compte. C’est un contexte absurde et injuste qui doit cesser, la limite de la tolérance du secteur a été franchie.

Quel avenir pour la musique live ? Comment, selon toi, se passeront les concerts du “futur” ?
Chaque lieu et organisateur‧rice a son point de vue sur la question et le CCMA entend respecter et faire valoir toutes les positions. Maintenant, il est clair que la rentabilité économique des événements et l’essence du concert comme expérience humaine sont nos principaux soucis. On ne pourra pas composer indéfiniment avec des jauges réduites, de la distanciation sociale, un public assis et surtout une interdiction d’ouvrir les bars tant ils sont des sources de revenus essentielles à l’équilibre budgétaire déjà très fragile de nos événements. On continuera de batailler sur ces points, ainsi que sur le besoin de perspectives, à moyen et long terme, concernant la tenue des concerts qui ne dépendent pas de l’évolution quotidienne des courbes. De même, il est essentiel de continuer de faire comprendre que beaucoup de lieux de concert ne bénéficient pas des budgets et subsides leur permettant d’investir dans des outils aussi coûteux que des systèmes d’aération et recyclage de l’air. Il faut aider les lieux à procéder à ces investissements si c’est bien dans cette direction que l’on va, ce qui reste toujours flou à l’heure actuelle.

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