Didier Gosset, porte-parole de la Fédération des Festivals de Musique Wallonie-Bruxelles

par Sandrine Job

Didier Gosset est le tout nouveau porte-parole de la Fédération des Festivals de Musique Wallonie-Bruxelles (FFMWB).  Il est également le fondateur du label indépendant Black Basset Records.

À quelle nécessité a répondu la création d’une FFMWB et quand a-t-elle été créée ?
La Fédération des Festivals de Musique Wallonie-Bruxelles (FFMWB) a été constituée en septembre 2020 par une douzaine de festivals dont Dour, Les Ardentes, Couleur Café, Esperanzah! et le Brussels Summer Festival. C’est, sans surprise, la crise sanitaire qui a été le déclencheur de la création de cette fédération, qui a grandi très vite et compte désormais une quarantaine de membres. La FFMWB a pour objectif de proposer un encadrement aux festivals de la Fédération Wallonie-Bruxelles, pour aider le secteur à se professionnaliser et à se développer autour de problématiques communes. Bref, la pandémie occupe une partie importante de notre agenda mais n’est clairement pas la seule finalité du travail de la fédération.

Quelles ont été les actions concrètes de la FFMWB depuis le début de la pandémie ?
Le travail sur et autour de la pandémie, bien entendu. Tout d’abord s’assurer, suite aux annulations et aux reports de 2020, que les festivals soient correctement aidés financièrement alors qu’ils avaient globalement perdu 90% de leurs revenus. Ensuite, s’assurer du meilleur déroulement possible des festivals en 2021. Cela peut sembler étrange d’en parler en avril 2021, mais en janvier encore, l’idée de festivals à pleine jauge cet été, moyennant quelques aménagements sanitaires, semblait une possibilité réelle. Ce ne sera très vraisemblablement pas le cas, mais cela a nécessité beaucoup d’énergie. En pratique, ces actions impliquent un gros travail politique de préparation, avec la Fédération Wallonie-Bruxelles, les régions wallonne et bruxelloise, le gouvernement fédéral, le commissariat Covid et les experts du GEMS. Et un travail de coordination avec nos membres, nos collègues néerlandophones (FMIV), les représentants du secteur évènementiel et bien entendu nos collègues du secteur culturel. Des heures de réunion pour sans cesse remettre en question des projets qui doivent s’adapter à l’évolution de la pandémie. Il faut, en outre, prévoir le pire. En cas d’annulation globale des festivals, comment les festivals seront-ils soutenus financièrement ? Pourront-ils envisager des événements alternatifs à jauge réduite ? Quid des tickets déjà vendus ? Quel impact pour les fournisseurs et les artistes bookés pour s’y produire ? Les questions sont nombreuses. C’est un travail, de par sa nature, souvent ingrat. Beaucoup de temps investi pour des résultats qui ne pourront clairement pas correspondre à nos attentes.

Quelle est la position de la FFMWB face aux dernières décisions gouvernementales prises par rapport à la culture ?
Les festivals attendent un positionnement clair du gouvernement depuis la mi-mars. Cette décision est sans cesse remise, ce qui a déjà forcé certains festivals membres de notre fédération comme Couleur Café ou le Bear Rock à annuler ou reporter leurs éditions à 2022 et amené d’autres, comme Les Aralunaires, le Durbuy Rock Festival ou Les Nuits Botanique à se déplacer dans le calendrier en espérant une meilleure situation sanitaire plus tard dans l’année. L’an dernier, le gouvernement avait décidé à la mi-avril d’annuler les festivals pour 2021. Cette année, nous sommes toujours dans l’expectative. Une décision rapide est plus que nécessaire : les festivals doivent savoir à quoi s’en tenir. Des évènements à jauge réduite seront-ils envisageables et dans quelles conditions ? Pour les festivals de plus grande taille, l’annulation semble inexorable mais devrait être actée le plus rapidement possible. L’attente a assez duré !

Le désir de la FFMWB ? Une reprise des festivals le plus vite possible, avec une jauge supérieure à 50 personnes ?
Bien entendu. La FFMWB est solidaire du secteur culturel, une réouverture de la culture est plus que nécessaire et devra être la plus rapide et la plus grande possible. Mais les jauges envisagées par le gouvernement ne permettront pas le déroulement de festivals de grande taille avant un bon moment. Sans même parler des conditions sanitaires qui seront d’application. On a vu en France, dès février, une décision d’autoriser des événements cultures assis en plein air jusqu’à 5000 personnes. C’est une avancée certes, mais cela ne peut pas correspondre à l’expérience d’un festival telle que nous l’envisageons : une expérience sociale et festive, des gens en mouvement et de nombreuses interactions. Ces petites jauges permettront peut-être à certains festivals, plus petits et plus adaptables, de se dérouler dans des conditions réduites ou alternatives, mais des festivals comme Dour ou Les Ardentes ne pourront se contenter de ces jauges qui sont, par rapport à leur taille, complètement anecdotiques.

Quelle est à votre sens la décision qui aurait dû être prise par le gouvernement tenant compte du fait que le virus circule toujours et que le public cible des festivals n’est pas prioritaire à la vaccination ?
C’est une question complexe. La réponse en avril est clairement de dire que les évènements de masse auraient dû être interdits depuis belle lurette. Ou que, comme en Flandre, un fonds de garantie aurait dû être mis en place pour permettre aux festivals de travailler en toute quiétude quitte à être annulés à la dernière minute. Mais rappelons qu’il y a à peine deux mois, on espérait encore une sortie rapide de la pandémie et on parlait d’avoir vacciné tou·te·s les citoyen·ne·s à risque d’ici fin juin ! À l’heure actuelle, c’est clairement la vaccination qui va donner le tempo du déconfinement. Et ce tempo sera, quoiqu’il arrive, trop lent pour nous.

Quel avenir pour la musique live ? Comment, selon toi, se passeront les concerts du “futur” ?
Le retour à la normale prendra beaucoup de temps, et il y a fort à craindre que l’on doive s’habituer à des formats réduits organisés dans des conditions sanitaires strictes dans les mois à venir. Mais les concerts tels qu’on les connaissait encore il y a un peu plus d’un an reviendront ! Ils ne pourront jamais être remplacés par le live streaming ou d’autres expériences en ligne !

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