Stakattak, Hyperculte et La Jungle au BRASS

Posted on 23/04/2019

C’est dans le cadre post-industriel brassicole rénové du BRASS que le Centre Culturel de Forest accueille, ce jeudi 18 avril, une Tripartite. Le principe est simple : une tête d’affiche, La Jungle en l’occurence, vient présenter son nouvel album entouré de deux autres groupes. L’un est choisi par la tête d’affiche elle-même, l’autre provient du terroir musical bruxellois et est proposé par l’asbl Court-Circuit. Le tout pour 8 euros, ce qui à l’heure actuelle reste un prix très démocratique.

C’est donc une soirée riche en découvertes musicales et brassicoles – la carte des bières est aussi variée et qualitative que bon marché – qui attend les énergiques énergumènes qui ont réussi à choper des places pour ces concerts sold out. Cela fait déjà quelques années que La Jungle trace son sillon dans les clubs du royaume, et d’ailleurs aussi. Le duo montois s’est ainsi créé une solide réputation scénique en mode “viens prendre ta raclée sonore et choper ta dose d’acouphènes, tu ne pourras plus t’en passer après”.

Mais avant, place à Stakattak, qui joue ce soir à même le sol, et qui attaque sans crier gare. L’orgie sonore est lancée. Le chanteur, arborant une immonde coupe mulet, se met à hurler tout en prenant un malin plaisir à se promener dans la foule, monter sur le bar, voire carrément à sortir de la salle, tout en balançant deux trois bières en l’air au passage. Le trio bruxellois envoie des compos basiques et urgentes dans un esprit typiquement punk. Les amateurs de mélodies fines ont déjà dû faire trois arrêts cardiaques mais ce n’est pas ce qu’on est venu chercher, ce soir. C’est brut, c’est gras, c’est sale et légèrement bancal, mais c’est bien comme ça. Au bout d’une demi-heure, c’est plié ! Il n’en fallait probablement pas plus.

Un rapide démontage du matériel et le groupe suisse Hyperculte fait son entrée sur scène. Un étrange duo constitué d’une batteuse et d’un contrebassiste dont l’instrument est relié à une tripotée de pédales d’effets – sa contrebasse enverra tous les sons possibles et imaginables, mais jamais ceux d’une contrebasse traditionnelle. Durant 45 minutes, ils envoient une sorte de new wave psychédélique et frénétiquement dansante, accompagnée de chants parfois parlés, parfois prononcés comme de longues incantations plus ou moins obscures. Par moments, leur musique se rapproche de celle de The Cure et de titres comme A Forest, mais en version plus musclée. Le jeu du contrebassiste est varié : il se sert de son instrument comme d’un violon, d’une guitare, d’une batterie, et parfois aussi, comme d’une contrebasse. Quant à la batteuse, elle déroule ses rythmes sans broncher. Au final, tout le monde se met à danser, gentiment mais sûrement, dans un esprit de douce transe.

C’est au tour de ceux que tout le monde attend, La Jungle, de monter sur scène. Les deux bonhommes sont venus fêter la sortie de leur nouvel album avec le public bruxellois. Ils sont épais comme un câble de frein à main mais sont là pour tout défoncer dans une énergie euphorisante. Armés de leur batterie, de leur guitare et de son armée de pédales, et d’un petit synthé enregistreur pour produire des boucles sonores en direct, ils saturent l’espace sonore d’un martèlement compulsif de batterie et de riffs de guitares trop nerveux pour être sains d’esprit. Un groupe qui porte très bien son nom puisque tout chez lui inspire quelque chose de sauvage, primitif, moite et suant.

Pendant une heure, les deux compères balancent, en priorité et en exclusivité, les morceaux de leur nouveau disque, sorti ce vendredi 19 avril : Past // Middle Age // Future. Ils ne révolutionnent pas leur style puissant où la tension semble constamment arrivée à un point de rupture. Ça s’enchaîne rageusement et les bouchons d’oreilles sont quasi-indispensables, sauf pour ceux qui ont déjà perdu l’ouïe. On se laisse volontairement agresser par la fureur et l’énergie qui se dégagent de la scène et des enceintes.

Au bout d’une vingtaine de minutes, l’imprononçable Hahehiho et sa rythmique folle, boostée par un cocktail improbable de stupéfiants électroniques et électriques, fait monter la frénésie d’un cran. Il y a des groupes comme ça qui ne passent pas en radio, parce que le format de leur musique est tout simplement incalibrable, mais qui malgré tout possèdent des tubes dans leur répertoire, et La Jungle en fait partie ! Avec ce morceau, le public se met à brailler des paroles sans queue ni tête jusqu’à perdre son souffle dans une danse furieusement joyeuse et pogotisante.

Joyeux pogo donc, qui déborde par moments sur scène au point de mettre un terme prématuré au cataclysmique Technically You’re Dead. Un spectateur s’étant en effet royalement vautré sur scène, faisant ainsi tomber quelques centilitres de bière sur les pédales d’effet du groupe. Quelques petites minutes de battements suivront, le temps de tout relancer. Durant ces instants, le batteur en profitera pour s’adresser au public : “Vous pouvez vous cassez la gueule sur la batterie, c’est pas grave, on s’en fout, mais pas sur les pédales d’effet, les gars”. C’est reparti pour un tour final qui s’achèvera vers 23h45. Heureusement pour le voisinage de la salle, l’isolation acoustique du lieu est bonne. Chacun peut maintenant s’en retourner chez lui, prendre une douche et se laisser bercer tranquillement par un léger sifflement dans les oreilles, synonyme d’une bonne soirée bien rock’n roll.

Jean-Yves Damien

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Crédit photo : Emmanuel Bossier