MONO au Bota : mélancolie post-apocalyptique et grands espaces sauvages

par Jean-Yves Damien

En ce 11 décembre 2019, de nombreuses personnes patientent devant les portes, encore closes, de l’Orangerie. Dire que le concert de ce soir est attendu n’est pas exagéré. D’ailleurs, on n’est pas loin du sold out, ce mercredi. Le public, très hétéroclite, brasse large en termes d’âges et de looks.

C’est à la Londonienne Jo Quail, et son violoncelle électrique à l’armature en bois très épurée, que revient la tâche d’assurer la première partie. C’est une longue prestation (45 minutes) qu’elle nous propose ce soir. Longue mais pas désagréable, voire très intéressante. La demoiselle construit ses morceaux en partant de rien, via l’enregistrement de boucles de sons qu’elle extirpe des cordes de son instrument. Rythmes, ambiances, mélodies, tout est construit sur cette base. Le résultat ? Des titres qui montent progressivement en pression, dans une veine tantôt metal, tantôt electro et hypnotisante. Le travail technique est impressionnant et le rendu visuel très esthétique.

La musique de Nils Frahm, et son magnifique morceau Says, résonne dans les enceintes pendant le changement de plateau. MONO monte sur scène à 21h, dans le silence respectueux d’un public impatient mais très attentif. Deux guitaristes, un batteur et une bassiste/claviériste. Rien d’exceptionnel jusque là, mais dès les premières notes du titre God Bless, on perçoit toute la maîtrise que les quatre musiciens ont de leur instrument. Puis viennent les premières déflagrations électriques en forme de tornades lumineuses et sonores avec After You Comes The Flood. La batterie donne le top départ pour que les guitares puissent se déchaîner. C’est puissant et brutal, et vient contrecarrer les passages plus aériens, où chaque note de guitare peut être perçue séparément, même lorsqu’elles se perdent dans de lumineux effets d’échos infinis. La batterie se fait alors elle aussi plus discrète, presque comme un murmure.

Chacun des membres du groupe est concentré sur son instrument. Le light show qui accompagne leur performance est tout aussi splendide que leur musique : comme une tempête qui sévit et balaye tout sur son passage. Le son est clair et permet d’éviter le piège de la bouillie sonore lorsque les instruments sont poussés dans leurs derniers retranchements. La bassiste vient poser sa voix avec délicatesse sur la musique du vaporeux Breathe, qui se veut presque planante. Un des seuls morceaux du genre de tout le concert. Le groupe est ensuite rejoint par Jo Quail, le temps d’un morceau. L’apport des sonorités douces et virevoltantes de son instrument classique donne à l’ensemble des airs de philharmonie. Cette piste musicale mériterait d’être exploitée plus en profondeur.

Rappelé par la foule, le quatuor remonte sur scène pour un dernier titre d’un quart d’heure, morceau qui permettra aux Japonais de faire toute la démonstration de leur technique musicale. Leur concert s’achève, dans l’orgie sonore la plus complète, sur un long larsen qui déchirera l’Orangerie jusqu’à ce qu’un technicien vienne l’interrompre. Preuve, s’il en est, que le post-rock n’a pas encore fini d’envoyer des décharges émotionnelles puissantes et de laisser l’imagination partir au grand galop dans les limbes tumultueuses des guitares électriques.

Ce site utilise des cookies afin d'améliorer votre expérience Accepter En savoir +

Cookies & Politique de confidentialité
error: Ce contenu est protégé !