Mannequin Pussy au Botanique

Posted on 21/11/2019

Il y a de ces concerts dont on sort avec le sentiment d’avoir vécu un moment unique. Tel était notre état d’esprit, ce dimanche 10 novembre, au terme de la prestation du groupe punk/noise de Philadelphie, Mannequin Pussy.

Le quatuor composé de Kaleen Reading à la batterie, Thanasi Paul à la guitare, Colin Ray Regisford à la basse et de la charismatique Marisa Dabice au chant et la guitare est actuellement en tournée européenne avec son troisième album Patience, sorti le 21 juin dernier, sur le label Epitaph Records. Sur fonds de riffs lourd, Patience nous raconte l’amour tout au long de ses dix titres. Pas cet amour fleur bleue qui donne des ailes mais celui qui fait mal. Ces relations toxiques faites de dépendance “I’ve got you in my blood” (“Je t’ai dans le sang” – Patience), de scènes de violence “When your hit me, it does not feel like a kiss” (“Quand tu me frappes, ça ne me fait pas l’effet d’un baiser” – Fear/+/Desire) et de soumission “What kind of woman would you rather I be? Docile and waiting to breed?” (“Quel type de femme veux-tu que je sois, soumise et en attente de se reproduire ?” – Drunk I). Cet amour qui vous fait crever mais dont vous ne pouvez pas vous passer, au point de se saouler seul•e la nuit et d’appeler vainement votre moitié perdue pour qu’elle revienne “And do you remember the nights I called you up? I was so fucked up, I forgot we were broken up, I still love you, you stupid fuck” (“Te souviens-tu des nuits où je t’appelais, j’étais tellement à l’ouest que j’avais oublié que nous avions rompu, je t’aime toujours, stupide merde” – Drunk II) et vous pousse aux portes de la folie “I was standing in the gates of my hell” (“Je restais aux portes de mon enfer” – Cream).

Clairement fruit d’une expérience personnelle – ce que ne manquera pas de confier Marisa en cours de concert – l’album, après avoir dévoilé les affres de la souffrance amoureuse, se termine en forme d’espoir et par le constat que quelle que soit leur profondeur, les blessures d’amour peuvent être surmontées “Let’s start anew, Let’s see it through, I’m so happy, Laying here with you, I’m in love with you” (“Recommençons, allons jusqu’au bout, je suis si heureuse, couchée auprès de toi, je t’aime” – In Love Again). La performance sur scène est à l’image de cet album. Marisa se dévoile sans fard, orchestrant une prestation extrêmement physique, mêlant rage et sensualité, tout en assurant une communication et une communion totale avec son public.

Comme pour Patience, qui a manifestement fait office d’exutoire thérapeutique, elle invite le public à chasser ses émotions négatives en poussant un grand cri. Le concert est musicalement lourd, intense et, outre la totale désinhibition de Marisa, on pointera l’engagement des autres musiciens qui, loin de faire la figuration, subliment la hargne qui habite leur chanteuse. Aux titres du dernier album s’ajouteront quelques morceaux issus du précédent (Romantic), petite bombe 100% punk, dont notamment Kiss et le titre éponyme.

On ressortira du Witloof Bar totalement hypnotisé•e•s par la performance incroyable de cette bête de scène qui s’extériorise sans pudeur et nous pousse dans nos propres retranchements, à nous questionner sur nos failles personnelles.

Sandrine Job

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Crédit photo : Carl Lambert