La Jungle : Fall Off The Apex

par Hélène Many

C’est aujourd’hui, vendredi 21 mai 2021, que sort Fall Off The Apex, le quatrième album studio de La Jungle. Enregistré en mars 2020 à Honfleur, ce nouvel opus, composé de cinq titres-fleuves et de trois interludes, reprend et fait évoluer la recette fétiche du duo : un casio, des loops et des onomatopées autour d’un furieux et classique duo guitare/batterie. Un disque qui marque clairement une nouvelle étape dans la carrière du groupe, de retour en studio après une période de confection plus artisanale.

Frustrés et freinés dans leur élan par la crise sanitaire, les deux hommes de scène ont décidé de se donner les moyens d’avancer. Sous les conseils avisés du producteur français Amaury Sauvé, qui a notamment bossé sur le dernier It It Anita, le duo a “mis de l’ordre dans son bordel” et travaillé l’enregistrement de son nouvel opus avec soin. Sur la pochette, empruntée à l’illustrateur américain Gideon Chase, deux vaches lévitent au-dessus d’un tas de gravats dans lequel est planté une épée. Une référence à leur album précédent (Past // Middle Age // Future) pouvant symboliser la fin d’un cycle et le début d’un autre, voire un nouveau départ.

L’album s’ouvre sur Aluminium River, un titre instrumental planant dont les sonorités métalliques et lancinantes diffèrent de celles que les Montois ont l’habitude de proposer. Les dernières notes du premier morceau s’éteignant à peine que Le Jour du Cobra nous attrape et nous emmène dans une course infernale. La rythmique répétitive et les interjections entêtantes de ce premier single, clippé de main de maître par Fred Labeye, font monter la tension crescendo. Troisième titre de cet album, le répétitif Du Sang Du Singe attaque fort pour glisser tout en fluidité vers un pont techno avant de se conclure en mode rouleau compresseur. On reste dans l’électr’organique avec Hyperitual et ses couleurs sonores techno/trance auparavant peu communes dans les compositions du groupe mais qu’il déploie aujourd’hui avec fierté. 

Véritable petite bulle de douceur Marimba, ses rythmes smooth et ses vibes arabisantes débarquent dans la tracklist comme un videur de boîte de nuit venu faire retomber la pression. Les incantations chamaniques et nappes de code Morse cosmique envoyées par Mathieu combinées à la frappe claquée façon djembé de Rémy donnent naissance à un morceau atypique aux sonorités à la fois étrangères et familières. Un peu comme si Raoni Metuktire faisait un boeuf avec E.T. dans un bar à chicha. Sans transition, Feu L’Homme nous envoie un parpaing de riffs survoltés et d’hy’percussions en pleine face, comme une bonne grosse gifle qui remet les idées en place. Trois minutes et vingt-deux secondes de convulsions jouissives qui nous propulsent vers de nouveaux sommets d’intensité. Un titre sur lequel on retrouve la voix de Simone Aubert du groupe suisse Hyperculte, avec qui La Jungle a sorti un split en juin 2020. Ambiance tribale et ténébreuse, Interloud nous emmène vers la dernière piste de ce nouvel opus : The End The Score, une pièce lente et hypnotique, presqu’atmosphérique, qui sonne bien moins comme une fête que comme une interminable descente.

Outre le fait de refléter à merveille l’énergie que La Jungle dégage en live, Fall Off The Apex (en français, tomber du sommet) se veut aussi la transcription du ressenti des deux musiciens à propos de la société. En effet, la production et la consommation humaines arrivent à leur paroxysme. Mais cela ne semble pas suffire à l’homme qui, au lieu de ralentir, continue sa course folle quitte à manquer d’oxygène. Quelles seront les perspectives pour nous, une fois que nous aurons atteints les sommets ? La récession, le déclin, le retour à des valeurs plus simples ou simplement la chute ?

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