Flowers : Doom City

Posted on 21/09/2019

Formé aux Pays-Bas en 2015 par la chanteuse/guitariste Roos Pollmann et la batteuse Judith van Oostrum, Flowers n’a rien d’un groupe à l’eau de rose, contrairement à ce que pourrait laisser croire son nom. Après avoir sorti un EP autoproduit en 2018, le duo n’a pas traîné à travailler sur son premier album : Doom City. Ce sept titres, oscillant entre doom et stoner, est sorti ce 20 septembre 2019 chez Luik Records. Consacré à un lieu industriel isolé et en décomposition, métaphore des systèmes qu’il serait préférable de laisser tomber, cet album-concept dénonce le patriarcat et son système de genre binaire qui doit, selon ses créatrices, périr pour laisser place à une nouvelle et meilleure manière de vivre.

L’intro nous emmène en plein désert. On verrait presque les boules de paille virevolter à l’horizon. Quelques riffs de guitare lourds et languissants esquissent dans notre esprit la silhouette d’un cowboy s’avançant pas à pas vers son adversaire, le regard perçant et les mains posées sur les pistolets suspendus à sa taille. L’atmosphère est pesante, sinistre même. La complainte s’étire pendant près de six minutes jusqu’à ce que la batterie entre en scène, accompagnée par la voix suave et lancinante de Roos, pour nous emmener sans transition jusqu’à ce bon vieux Flat Tired Chuck, allégorie parfaite d’une forme d’organisation sociale surannée, au bord de l’effondrement.

Hot Dog Cigarette, deux symboles de masculinité qui font hurler ceux et celles à qui l’on sert cette soupe au goût prononcé de testostérone depuis tant d’années, jusqu’à leur brûler les viscères (Chemical Burn). Puis vient le temps de la guérison et de la renaissance (Cedar’s Theme). Les hurlements et la noirceur laissent place à une mélodie plus douce, qui se déploie lentement, comme les pétales d’une fleur en train d’éclore. On s’enflamme en un quart de seconde (Flammable High) face à cette perspective d’évolution, ce changement de paradigme qui se dessine au loin, telle une île en plein désert (Island View) vers laquelle on avance dans un dernier élan, épuisés par le combat mené, mais portés par la vision de cette nouvelle vie qui s’offre à nous.

Vous l’aurez compris, avec Doom City, son album-concept, ce duo hollandais 100% féminin aura réussi à nous faire voyager dans son univers à la fois sombre et plein d’espoir, à travers des morceaux, certes pas à la portée de toutes les oreilles, mais qui, pour notre part, ont fait mouche dès la première écoute.

Hélène Many

Ne les manquez pas le 22 octobre à Liège, dans le cadre du festival Voix de Femmes. Elles seront également à Anvers (Onder Stroom), le 11 octobre, et au Kinky Star à Gand, le 11 janvier 2020.