On a testé pour vous : l’Incubate-December

Posted on 21/12/2016

Samedi 10 décembre, 15h, nous voilà partis en direction de Tilburg à bord de la BeCult Mobile. Une heure et demi plus tard, on franchit les portes du Parking Heuvelpoort, impatients de poser nos valises et, comme à chaque fois, étonnés par la courte distance qui sépare la capitale belge de cette petite ville des Pays-Bas.

L’Incubate a changé de formule et nous aussi : l’année passée, alors que le festival avait lieu en septembre et s’étendait sur une semaine (du lundi au dimanche), on avait opté pour un airbnb. Cette année, on a décidé de se payer l’hôtel ! En 2016, la programmation du festival s’étalait sur trois mois : mai, septembre et décembre. On a choisi de tester l’Incubate en décembre, alors que les décorations de Noël scintillent aux quatre coins de la ville, lui donnant des allures féériques.

Si lors de l’édition précédente la taille et l’acoustique des salles, comme la programmation, étaient d’excellente qualité, c’est un peu moins le cas en 2016. Il faut dire que la situation financière du festival s’est dégradée : l’année dernière, il a connu une importante baisse de fréquentation et doit aujourd’hui également faire face à la perte de plusieurs subsides. C’est ce qui explique certainement la disparition de lieux tels que le Midi-theater, la Concertzaal Tilburg ou le NWE Vorst de la carte de l’Incubate-December, qui programme dès lors ses concerts dans des salles aux dimensions restreintes et souvent peu optimales. Quand Oathbreaker ou Wrekmeister Harmonies jouent à l’Extase (une petite salle tout en longueur située à l’arrière d’un pub), on ne voit rien si on est placé plus loin que le 3e rang et c’est vraiment dommage !

Mais, trêve de rouspétage, on a tout même apprécié pas mal de concerts à l’affiche de cette édition, comme celui de l’épatant trio californien Clipping., qui était pour nous le meilleur (au point de vue de la technique, comme de la performance artistique) de ces deux journées de festival, ou du toujours excellent groupe de post-hardcore français Year of no light. Mentionnons également quelques belles découvertes comme le tout bon post-punk des riot grrrls moscovites de Fanny Kaplan.

Clipping., c’est un trio de hip-hop expérimental originaire de Los Angeles. En septembre, la formation californienne sortait son troisième album, Splendor & Misery, sorte de space opera retraçant l’histoire du seul survivant d’une révolte d’esclaves sur un cargo interstellaire. Au micro, Daveed Diggs pose sa voix grave sur les mélodies futuristes, composées d’une multitude de sons étranges, de Jonathan Snipes et William Hutson. Ce soir, la Jupiler Zaal du Poppoddium 013 (qui peut accueillir jusqu’à 700 personnes) est bien remplie, même si elle n’est pas pleine à craquer (comme elle le sera le lendemain pour les Japonais de Boris). Au départ un peu froid, le public se lâche petit à petit, sous l’impulsion de Daveed Diggs qui n’hésite pas à donner de sa personne pour le faire participer, notamment sur le titre Shooter. Aussi connu pour sa carrière théâtrale, il impressionne par son flow rapide et maîtrisé : chaque syllabe est découpée de manière chirurgicale pour coller au rythme imposé par le duo aux commandes des machines. Le MC finira son concert dans la fosse s’adressant, les yeux dans les yeux, aux quelques personnes formant un cercle autour de lui. Un moment émotionnellement intense que l’on n’est pas près d’oublier !

Mention spéciale pour nos compatriotes de Cocaine Piss qui avaient été choisis pour être les curateurs du V39 (la classe !) où ils se produisaient, ce soir-là, aux côtés de Yokocola (dont le concert était apparemment décevant) et de Cheena (qui s’en est donné à coeur joie pour la dernière date de sa tournée).

Comme évoqué plus haut, la journée du dimanche fût marquée par la prestation des Bordelais de Year of no light, accompagnés au chant (pour un nouveau titre) par un certain David. Notons aussi la prestation acoustique du duo blues rock The Shady Greys au Kim’s Kroeg et celles d’Hemelbestormer et de Wrekmeister Harmonies à l’Extase.

Malgré sa renommée internationale et son importante valeur sociale, le futur de l’Incubate est plus qu’incertain. Son sort relève à présent du département “événements” de la commune de Tilburg qui doit se prononcer sur la demande de reconnaissance introduite par ses organisateurs. Après 13 ans d’existence, il se pourrait bien que le festival ne connaisse pas d’édition supplémentaire. Croisons donc les doigts pour que la ville prenne conscience du petit bijou d’avant-garde culturelle qu’elle a entre ses mains !

Hélène Many

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