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Nele Buys : la femme derrière 9000 Records

Posted on 04/06/2015 by BeCult

Elle est l’une des chevilles ouvrières du concept Consouling (Sounds/Store/Agency) lancé par son homme Mike Keirsblick. Mais comme la demande est grande et que le Consouling s’est fixé des limites sonores, Nele a décidé de lancer un nouveau label en collaboration étroite avec Mike et Jan Vrijens, sous le nom de 9000 Records. Rencontre avec une passionnée…

Bonjour Nele, qui es-tu et que fais-tu?

Bonjour Nancy! Je suis la femme de Mike de Consouling Sounds, et je travaille avec lui dans notre entreprise. Nous avons deux labels : avant, juste Consouling Sounds et, depuis peu, 9000 Records. Fin 2014, nous avons aussi repris le catalogue de Conspiracy Records, dont nous gardons l’héritage vivant. Nous avons une boutique en ligne, mais également une boutique située à Gand (Baudelostraat, 13, près du Vrijdagmarkt). J’ai commencé par étudier les langues germaniques, puis j’ai enchaîné avec des études culturelles et de conservation et gestion d’art contemporain. Par le passé, je me suis occupée d’artistes visuels, et via le label, je me suis totalement immergée dans le domaine musical. Pas que je ne sois pas mordue de musique. J’en joue également (du saxophone), mais je ne suis plus active depuis quelques années. Peut-être qu’un jour viendra où j’en referai… Mais pour le moment, je n’ai pas de temps à y consacrer. Combiner deux jobs et élever des jumelles de 5 ans, ça fait des journées biens remplies. Mais en même temps, si je n’ai pas cette pression, je n’ai aucune énergie. Il faut que tout soit en changement constant pour que je donne le meilleur de moi-même. En réalité, j’ai toujours énormément apprécié les arts visuels et graphiques. Dans mon groupe d’amis, il y a pas mal d’artistes visuels, que je suis de très près. On parle d’où ils veulent arriver avec leur art, et parfois je les aide dans la rédaction d’un texte, s’ils veulent introduire un dossier, par exemple. Pour le moment, j’éprouve beaucoup d’admiration pour Kristof Van Heeschelvde, qui me laisse suivre son processus créatif de très près. Je tiens aussi à l’œil les travaux de Kato Six, une amie de longue date. Je trouve que c’est vraiment un honneur. Pouvoir être la première à découvrir ce qui sortira de leurs carnets de croquis ou, dans le cas de Kato, de voir évoluer ses installations, de comprendre le pourquoi et le comment… Cela m’inspire, cela me donne de nouvelles perspectives, et pour moi c’est sans doute le plus grand moteur de la vie : la découverte de la beauté. Cela sonne peut-être pathétique, mais bon. La beauté, c’est ce qui fait que la vie vaut la peine d’être vécue. Et je ne parle pas de beauté esthétique, je veux plutôt dire : une création qui a du sens. Quelque chose que quelqu’un a réalisé, purement pour le moteur de réaliser quelque chose. Je suis une grande fan du romancier Néerlandais Arnon Grunberg et je me souviens toujours d’une phrase dans laquelle il explique ses débuts : « Le besoin pour moi était celui de le raconter ». Cette nécessité inévitable d’avoir à faire quelque chose ou de faire quelque chose, c’est un sentiment qui me fait aller de l’avant, au quotidien. J’essaie aussi de réaliser des choses, mais je ne me considère pas comme une artiste. J’ai déjà fait un peu de tout, un peu dessiné, un peu de musique, mais finalement je reviens toujours à l’écriture. Je ne me considère pas comme écrivaine (et certainement pas comme une bonne écrivaine) mais parfois il m’arrive d’écrire un peu de poésie. Mais je reviens toujours en arrière. Je suis sans doute « une écrivaine par défaut », c’est comme ça que je me définis le mieux. Je ne suis pas poétesse, mais je ne peux pas m’empêcher d’écrire. Et si c’est quelque chose qui doit continuer…

Pourquoi avoir décidé de lancer un nouveau label, à savoir 9000 Records?

9000 Records, c’est un label que nous avons fondé pour les groupes issus de Gand, ou qui ont une connexion spéciale avec Gand. Nous avions envie de faire quelque chose pour cet essor incroyable de créativité et d’énergie qui émerge de Gand, et depuis l’ouverture de notre magasin, il faut bien l’avouer… Il y avait des personnes qu’on aurait vraiment voulu aider, mais qui ne cadraient pas vraiment dans le concept du Consouling Sounds. Un label, c’est comme une marque, cela existe pour un certain style. 9000 records a une approche différente : nous ne partons pas du style, mais de la géographie. Cela va devenir une collection de sorties très éclectiques. C’est ça aussi que je trouve très particulier. Cela rassemble des gens au-delà des limites des genres, sur base d’un autre facteur liant. Vu d’extérieur, nous espérons également construire quelque chose qui va contribuer à l’image dynamique et créative de Gand. Regarde un peu tout ce qu’il s’y passe! C’est le message qui doit faire mouche auprès des distributeurs, du secteur professionnel et du particulier. L’envie de découvrir tout ce qui se fait à Gand. Oui, nous sommes fiers de notre ville et nous voulons que ce soit clair.

Quels sorties/groupes sont déjà planifiés? Peux-tu nous expliquer tes choix?

Nous avons déjà trois groupes prévus dans notre grille : Nordmann, qui vient de sortir un album ; Kiss The Anus of a Black Cat, dont on ressort la première plaque en CD et pour la première fois en vinyle ainsi qu’un nouvel opus qui est prévu pour l’automne; et Manngold. Les choix se sont faits de manière très spontanée. Nous avons rencontré Nordmann dans notre boutique, alors qu’elle venait juste d’ouvrir ses portes au public. Est-ce du rock ou du jazz? C’est un peu des deux et c’est ce qu’on aime : de la musique qui ne choisit pas de genre établi et sort des sentiers battus. Nous nous sommes concertés avec le groupe-même et son manager (Inside Jazz Management) et aussi avec De Werf Records, qui désirait aussi les sortir. Un très beau processus de collaboration fructueuse en est le résultat. En fait, on a envie de créer en réseau. C’est une manière différente de faire par rapport aux grands labels, nous partons du point de vue du groupe, et bien plus encore, d’un projet concret du groupe. Nous essayons de construire une équipe autour du groupe et de travailler projet par projet. Tout le monde met la main à la pâte, mais tout le monde garde aussi sa liberté. On ne va pas commencer à adapter la musique. Parfois, cela fonctionne bien de créer ces liens, parfois pas. Il y a certains anciens projets pour lesquels on s’est dit : il y a quelque chose de bon là-dedans. Mais cela doit tenir la route. Nous devons sentir le même engagement chez tous les partenaires, car cette manière de fonctionner ne marche qu’avec des gens en qui tu peux avoir confiance et avec qui tu as une bonne entente. On ressent ça avec les groupes qu’on a choisis. C’est un choix tout à fait conscient de travailler de cette manière. La façon traditionnelle de fonctionner des grands labels, ce n’est pas pour nous. Avec le temps et notre obstination, nous sommes distribués en Europe et depuis 2012 aussi au Canada et aux USA. Nous ne sommes pas grands, mais nous faisons de grandes choses, justement car nous les réalisons avec d’autres personnes. C’est un peu comme si on faisait tous partie d’une grande famille. Et ça fait du bien! Je pense que nos fans le ressentent aussi! Enfin, je l’espère!

Propos recueillis par Nancy Junion

Crédit photo: Nicky Hellemans