Interview : Mike Keirsbilck de Consouling Sounds

Posted on 19/11/2014

Consouling Sounds a démarré en tant que label et boutique en ligne pour promouvoir la « post-musique », le doom et l’ambient. Le concept s’est bien développé depuis. Mike, son manager, nous en explique le cheminement.

Quel est le concept de Consouling Sounds/Agency/Store?

Consouling a commencé comme label et boutique en ligne. Petit à petit, notre attention s’est focalisée sur la musique qui casse les frontières et les conventions d’un genre spécifique. Bien que nous touchions à beaucoup de styles différents, du post black metal agressif au drone ambient super calme, il reste une certaine ligne esthétique dans ce que nous faisons. Avant d’ajouter un groupe à notre catalogue, il faut qu’il convienne à notre vision. Cela fonctionne harmonieusement et nous a permis de construire quelque chose de beau. On essaie de porter une grande attention aux groupes débutants mais notre temps et nos moyens sont limités. C’est pourquoi la Consouling Agency est née. Si un groupe intéressant se produit (quelque soit le genre), mais que cela ne convient pas au label ou ne matche pas avec notre timing, on lui propose un suivi via l’Agency. C’est un service qui permet au groupe d’être accompagné pour sa propre production. Nous sommes en mesure de l’aider pour l’enregistrement, le mixage, le mastering, le pressage de la musique sur le média de son choix et éventuellement la promotion et la distribution. Les groupes financent eux-mêmes leurs productions mais, grâce à nos contacts, ils ne doivent s’occuper de rien, tout est pris en charge pour eux. Tout ça pour un prix tout à fait correct. De cette manière, nous pouvons aider les groupes débutants à franchir les étapes et à sortir un album qualitatif. Cela a commencé à nous prendre énormément de temps. Jusqu’au début de cette année, Consouling était un hobby pour nous, mais maintenant c’est en train de devenir un job à temps plein. C’est pourquoi nous avons décidé de professionnaliser notre entreprise. Le Consouling Store était donc une suite logique. Le Store, qui se situe à Gand, est en fait la vitrine de nos activités. Il est bien entendu possible d’y acheter nos sorties, mais aussi une sélection de musiques en tous genres, aussi bien sur des supports neufs que de seconde main. C’est bien plus qu’un simple magasin de disques : c’est un véritable lieu de rencontres. Les visiteurs peuvent y boire un café ou y manger un bout. Ils peuvent aussi utiliser notre Wi-Fi. On y accueille chaque mois une exposition en arts visuels et, de manière ponctuelle, on y organise des « closing sessions » (où les artistes peuvent pratiquer leur art) qui se concluent par un concert. Avec le Store, on essaye vraiment de devenir une plateforme pour tous les artistes du coin, où n’importe qui peut venir voir, vivre et tester.

Dans quelle mesure aides-tu les groupes dans leur autoproduction?

Via l’Agency, nous proposons un assortiment assez large de services. Nous prodiguons des conseils et une aide sur mesure. Certains groupes ont déjà leurs enregistrements et souhaitent réaliser le mastering et le pressage. D’autres nous demandent de l’aide pour le pressage, une campagne promo et la distribution. Tous les groupes ont des besoins différents et quand on travaille avec un groupe, on se rencontre toujours pour déterminer ensemble quel but il veut atteindre et à quel niveau il a besoin d’aide. Nous partageons notre expérience avec lui, en respectant son budget, dans le but d’obtenir un résultat optimal par rapport à ses souhaits.

Comment vois-tu l’avenir des labels en général?

Bien entendu, je n’ai pas de boule de cristal, et le monde musical est volatile et instable. C’est dangereux d’en parler avec assurance, mais je pense que le paysage va encore changer. D’un côté, l’avancée du vinyle est sabotée par les grand labels qui commencent à demander des prix exorbitants. En pratique, je vois de plus en plus de gens qui retournent aux CD’s. Ces dernières années, il avait été relégué au dernier rang. Ce n’était plus cool d’acheter un CD. Mais j’observe une nouvelle tendance. Cela veut dire qu’il va de nouveau y avoir un équilibre entre ces deux médias, et que cela sera à nouveau plus facile pour les petits groupes de produire uniquement sur CD. En tant que groupe, il faut se différencier dans la jungle musicale en surproduction. Cela demande un engagement du groupe même. Tu peux faire la promo en tant que label, mais finalement c’est le groupe qui reste le meilleur ambassadeur de sa musique. Je vois un tout autre modèle se former, en lieu et place de celui où le label reste le décideur tout-puissant au niveau des artistes et des sorties. Un modèle dans lequel le groupe et le label avancent ensemble, main dans la main. C’est la façon dont nous travaillons avec notre propre label : nous demandons un engagement de la part des groupes mais nous leur donnons aussi le nôtre. Si les forces s’assemblent de manière optimale, il est possible de réaliser de belles choses. Pour moi, le temps des labels qui décident de tout est fini. Comme ces grandes maisons de disque qui proposent des contrats à 360°, qui veulent avoir le contrôle sur tout (de l’album aux concerts en passant par le merchandising). Mais c’est très difficile à faire et particulièrement éprouvant. C’est uniquement réalisable avec les grands groupes. Pour les plus petits groupes et labels, il est nécessaire, je pense, de lâcher la bride et de laisser entrer d’autres personnes dans le cercle. De cette manière, l’énergie est bien mieux canalisée, centralisée. Les groupes peuvent, par exemple, s’entre-aider pour les concerts et le merchandising, et les labels au niveau de la distribution et des envois. En formant un grand réseau, il est possible, d’après moi, d’aller beaucoup plus loin, de faire plus de choses. Mais comment tout cela va se développer, cela reste encore à voir.

Propos recueillis par Nancy Junion

Crédit photo : Nicky Hellemans

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