La photographie de concert vue par Séverine Bailleux

Posted on 02/12/2014

La photo de concert est un art difficile nécessitant beaucoup de réactivité et une connaissance parfaite de son matériel. Séverine Bailleux s’est lancée dans l’aventure relativement tôt, elle nous explique comment elle a eu le déclic et ce que sa passion pour la photo lui apporte au quotidien.

Qui es-tu? Que fais-tu?

Je m’appelle Séverine mais on me connaît aussi sous le surnom de Baba. J’ai 39 ans. Je suis photographe amateur et fais principalement de la photo de concert. Je dis amateur parce que je suis grosso modo autodidacte dans ce domaine et que je ne suis pas une « technicienne ». J’ai de ce fait énormément de « défauts photographiques ».

Depuis quand et comment s’est développée ta passion pour la photo?

Depuis quand? C’est assez compliqué de répondre à cette question. J’ai commencé à faire des photos de concerts avec des appareils jetables! Je devais avoir 17-18 ans. A côté de cela, j’utilisais un vieux Minolta argentique. A cette époque, il s’agissait plus de ramener des souvenirs. J’ai des photos totalement horribles de Nick Cave à la Luna, de Bauhaus à Anvers, de Kiss My Jazz, de Dour… Cette manie a duré quelques années. Je suppose que je me suis prise au jeu et que de la « photo souvenir », je suis passée à autre chose. Le temps de gestation, à ce que je m’en rappelle, a été assez long. Une chose est certaine, c’est que c’est devenu un réel besoin. Après avoir fait des photos du public pendant deux-trois ans, j’ai fait ma demande d’accréditation à Dour, pour la première fois, en 2006 ou 2007. A l’époque, c’était facile. J’avais juste un compte Flick’r, je ne travaillais pour aucun fanzine ou autre et on ne me demandait rien de plus. J’aimais et j’aime toujours cette liberté. Aujourd’hui, j’ai intégré l’équipe des photographes de Cutting Edge et du CPU (Concert Photographers United). J’ai ainsi accès à de plus grandes salles (comme l’AB) et à de plus gros groupes. C’est évidemment une chance énorme (Merci Olivier)! Mais c’est aussi important pour moi de garder cette liberté de faire ce qui me plaît et de rester intègre, d’emporter mon appareil dans les petites salles, de bosser pour et avec les organisateurs et groupes underground.

As-tu des souvenirs/anecdotes mémorables sur certains concerts/festivals?

Il existe des moments magiques, rares et sans prix pendant lesquels il se passe quelque chose entre les musiciens et le photographe. Il s’agit parfois juste d’un regard échangé, d’un millième de seconde et d’un clic. Parfois, il s’agit d’une belle rencontre humaine et musicale. Je suis, contrairement aux apparences, assez timide de nature. C’est une super cachette de se planquer derrière un appareil photo! Je reste souvent, comme une gamine, trop impressionnée pour approcher les artistes après les concerts. Ainsi, un soir d’octobre 2012, au Magasin 4, j’étais là pour The Cesarians, avec Charlie Finke (ex-Penthouse) au chant. Je les avais déjà vus l’année précédente, je savais que ça allait être terrible, j’attendais donc ce concert avec impatience… J’ai réellement pris mon pied pendant ce live. Dans ces moments-là, plus rien n’existe d’autre que la musique, les gestes des musiciens, ma concentration et l’impulsion qui me fait appuyer sur le déclencheur. Ce jour-là, le groupe était (je l’apprendrai plus tard) totalement subjugué par mon enthousiasme… Moi, j’étais surtout subjuguée par l’énergie qu’ils dégageaient sur scène. Alors que j’allais quitter la salle, plusieurs des musiciens se sont rués sur moi en me remerciant. Le monde à l’envers! J’aurais pu rester avec eux mais j’ai préféré fuir. On a échangé quelques mots, nos adresses e-mail et je suis partie reprendre mon bus. Ils étaient tellement contents des photos envoyées que je recevais quelques jours plus tard un mail de Charlie me demandant si je ne voulais pas aller à Londres prendre des photos de leur concert en première partie de The Hives, au Roundhouse! Je n’allais pas refuser ça! Depuis, je retourne les voir dès que je peux, à Londres ou ailleurs. Sinon, j’adore les concerts qui sont de véritables défis sportifs. Suivre Monotonix, par exemple, à travers tout un chapiteau à Dour ou à travers le Magasin 4, c’est le pied intégral! Réussir à se faufiler dans le public, jouer des coudes et se placer pour avoir LE cliché qui retracera ces moments de folie, que demander de plus?

Que t’apporte le milieu musical en général par rapport à ton art?

J’aimerais d’abord parler ce que m’apporte la musique… parce qu’en réalité, musique/concert et photographie sont, pour moi, devenus totalement complémentaires. Ainsi, pour qu’une photo soit vraiment bonne, il faut qu’il se passe quelque chose sur scène et que la musique me prenne aux tripes. Les émotions sont donc capitales dans mon approche photographique de la scène. J’essaie de capter ces petits moments magiques de communion entre les musiciens et leur public. Le monde musical maintenant… Ca me semble évident que, sans lui, je n’aurais pas de raison d’être là aujourd’hui à répondre à ces questions. J’aime à penser, et j’en ai la certitude, que le milieu musical est une grande famille de passionnés. Ca fait maintenant quelques années que mon appareil photo m’accompagne dans les salles, les cafés, les squats de Bruxelles principalement. J’ai appris à connaître ce milieu, avec ses bons et ses mauvais côtés, ses galères, ses « guéguerres ». Je l’ai vu évoluer. Aujourd’hui, mettre en place des concerts est parfois une véritable sinécure pour les organisateurs. Les groupes rament bien aussi. Ils se prennent souvent des claques mais continuent et parlent toujours avec passion de ce qui les anime. Alors, que m’apporte ce milieu? Sa confiance, l’envie de continuer à aller à des concerts, de découvrir des nouveaux groupes, de faire vivre le milieu underground et de leur offrir quelques images.

As-tu des conseils pour les photographes en herbe?

C’est totalement bateau ce que je vais dire, j’avoue… mais le principal, c’est de croire en ce qu’on fait, de foncer, de ne pas avoir peur de se planter. Et surtout, de prendre du plaisir! Ce n’est pas un milieu dans lequel on peut espérer gagner sa vie. On a souvent tous un boulot à côté. C’est évidemment un sujet qui porte à débat mais ce n’est pas le propos ici. Moi, tant que je continuerai à m’émerveiller sur des clichés de live, de ressentir le besoin de m’améliorer et d’avoir envie de découvrir des groupes sur scène, je serai là!

Propos recueillis par Nancy Junion