Interview : Philippe Vincke, co-fondateur des 1030 Glorieuses

Posted on 26/04/2019

Philippe nous a donné rendez-vous à L’Espérance, un chouette petit café situé sur la belle Avenue Louis Bertrand à Schaerbeek. C’est à quelques pas d’ici, aux Écuries van de Tram, que son complice Fabrice et lui organisent depuis peu des concerts sous le nom de Les 1030 Glorieuses. Avec un premier event au compteur et un autre prévu pour le 2 mai, leur tout jeune projet, lancé en début d’année, est né de leur envie commune de dynamiser leur quartier par la musique. Rencontre.

Parle-nous un peu de toi, de ton parcours et de ta relation à la musique

J’ai commencé à faire de la batterie quand j’étais tout petit. À l’adolescence, j’ai intégré un groupe avec des gens plus âgés que moi, puis d’autres. Je suis passé par le métal, le rock. J’ai fait pas mal de concerts. J’ai toujours aimé ça les concerts. C’est un peu ce pourquoi on fait de la musique finalement : montrer ce qu’on sait faire sur scène, passer un bon moment avec le public. À côté de ça, j’ai fait des études de journalisme et je travaille dans la communication. J’ai emménagé ici l’été dernier (Ndlr : quartier Colignon). C’est un quartier central de la commune qui bouge pas mal. Il y a de chouettes petits cafés, des chouettes commerces de proximité… mais peu de concerts.

Comment as-tu rencontré Fabrice et comment sont nées Les 1030 Glorieuses ?

J’ai rencontré Fabrice, qui est aussi musicien, dans le cadre de mon travail. On s’est croisés pour la première fois il y a environ dix ans. À l’époque, je participais à un concours avec mon groupe et Fabrice faisait partie du jury. Concours qu’on a gagné, pour la petite histoire. On s’est perdus de vue pendant un moment et puis retrouvés, un peu par hasard. On s’est rendus compte qu’on habitait dans le même quartier et on a beaucoup discuté du fait qu’il y avait peu de concerts ici, que c’était quelque chose qui manquait. Du coup, Fabrice m’a dit : mais pourquoi on ne monterait pas un truc nous deux ? On en a pas mal parlé. On s’est vus plusieurs fois avant de se lancer et on a finalement décidé de le faire. La première édition, qui était un peu un test pour nous, a eu lieu en février avec le groupe de Fabrice (Ndlr : Fabiola) et Poppel, une formation gantoise, deux groupes de pop alternative qui matchaient bien ensemble.

Fabrice Detry
Fabrice Detry sur scène avec son groupe, Fabiola

Comment vous vous répartissez les tâches, Fabrice et toi ?

De par son parcours, Fabrice (Austin Lace, The Tellers) a de nombreux contacts dans le milieu musical donc c’est lui qui gère les négociations avec les groupes et leurs managers. Je pense qu’on se complète bien. On se met toujours d’accord sur quels groupes contacter mais c’est lui qui fait les démarches parce qu’il a un peu plus la tchatche que moi. De mon côté, je suis plutôt la personne carrée qui va penser à tout ce qu’il faut faire. Et puis, je mets aussi mes propres connaissances musicales au service du projet. C’est, par exemple, Fabrice qui a trouvé The Golden Boots, le groupe américain qui jouera lors de la prochaine édition. Quand il m’en a parlé, j’ai tout de suite pensé à Alska Gold Rush pour compléter l’affiche. Chacun à notre façon, on amène des choses au projet. On travaille de manière assez instinctive et, pour l’instant, ça fonctionne plutôt bien. Ce qui me plaît dans tout ça, c’est de proposer de chouettes concerts au public schaerbeekois, et aux autres aussi. Tout le monde est le bienvenu évidemment.

Est-ce vous pourriez un jour organiser des concerts dans d’autres communes bruxelloises ?

Je ne pense pas, ou alors sous forme de collaborations avec d’autres associations. Par contre, on n’en est qu’au début, mais si ça fonctionne on aimerait programmer d’autres types d’événements, sortir de la formule basique du café-concert. Pour l’instant, on est en contact avec une association qui organise très prochainement une fête de quartier, dans l’idée de programmer un petit concert pendant ces festivités. Le but est de se créer un réseau pour expérimenter des formules d’organisation différentes.

Quel bilan vous tirez de la première édition ?

On est vraiment très satisfaits. On ne savait vraiment pas à quoi s’attendre. On ne peut pas dire qu’on était stressés mais on se posait pas mal de questions. On se demandait comment ça allait se passer, si les gens allaient venir, si on allait pouvoir payer les groupes. Au final, on a rassemblé une centaine de personnes, ce qui est pas mal pour une première, je trouve. L’ambiante était bonne, les gens ont aimé, on a eu de bons retours et j’ai, pour ma part, passé une très bonne soirée. Donc un bilan plutôt positif.

Vous vous en sortez comment financièrement ?

Au départ, on n’avait aucune aide. Donc pour la première soirée, on a investi de notre poche et les Écuries van de Tram nous ont soutenus en mettant à disposition le personnel du bar et en prenant en charge la location du matériel. D’ailleurs, j’en profite pour les remercier chaleureusement pour leur soutien et leur collaboration. Et puis, c’est super parce que, depuis quelques semaines, on reçoit un petit subside du contrat de quartier Pogge qui nous permet de booker des groupes un peu plus réputés.

Puisque ton projet s’appelle Les 1030 Glorieuses, on a décidé de clôturer cette interview par quelques questions ‘1030’. Prêt ? Allez, c’est parti ! Première question : S’il te restait 1030 jours à vivre, tu ferais quoi ?

Difficile à dire, je pense que j’essayerais de faire comme d’habitude. Profiter à fond. Faire ce que je fais mais en fois 1000. Enfin, en fois 1030 ! Travailler un petit peu moins et faire plein de trucs à côté : un bon gros voyage, aller voir plein de concerts, sortir faire la fête avec mes amis et leur dire que je les aime.

Si tu avais 1030 euros en poche, t’achèterais quoi ?

Je suis un acheteur compulsif de vinyles, vintage principalement, donc je pense que j’utiliserais cette somme pour en acheter d’autres. J’en ai beaucoup à la maison, trop pour le peu d’espace de rangement que j’ai. J’irais faire le tour des disquaires pour trouver de chouettes vinyles. Il y a un disquaire rue de Flandre (Ndlr : Seymour Kassel Records) qui a des pièces incroyables. On peut aussi parfois trouver de chouettes pièces chez celui de la rue des Grands Carmes (Ndlr : Veals & Geeks).

Quel album pourrais-tu écouter 1030 fois sans te lasser ?

Le premier CD que j’ai reçu de mon père pour mes huit ans, c’était The Fat of the Land de The Prodigy. C’est un album incroyable, quasi intemporel, que j’ai beaucoup écouté. Après, c’est pas mon album préféré non plus, c’est juste une histoire particulière… Je me rappelle encore quand j’étais petit et que j’écoutais ce disque à fond la caisse, sur mon Discman, dans la voiture. Mon père m’a fait découvrir plein de trucs. C’est un grand fan de David Bowie, de Lou Reed et de chanson française comme Dutronc. Dans un autre registre, il m’a aussi fait écouter Rammstein et Marilyn Manson.

Comment t’imagines le monde dans 1030 ans ?

J’espère qu’il n’y aura plus de voitures, déjà. Ça pollue, c’est moche, ça gâche le paysage. Je pense que le monde va beaucoup changer en 1030 ans mais je ne sais pas trop en quoi. D’habitude, je suis plutôt de nature optimiste, mais là, je pense que ça va changer en mal : on va continuer à polluer, à se faire la guerre… Je pense aussi que des petites révolutions vont avoir lieu et que l’être humain va évoluer, s’adapter parce que c’est ce qu’il fait toujours. J’espère qu’il continuera à faire de la musique !

Propos recueillis par Hélène Many

Rendez-vous ce jeudi 2 mai, aux Écuries van de Tram, pour la seconde soirée de concerts estampillée ‘1030 Glorieuses’, avec Alaska Gold Rush et The Golden Boots.