Monolithe Noir © Mara De Sario

Interview : Monolithe Noir

Posted on 17/09/2017 by BeCult

Pas la peine d’enfoncer le clou, le mois de septembre est là et bien là, avec tout ce qu’il entraîne dans son sillage : rentrée scolaire, reprise des choses sérieuses au boulot, arrivée intempestive de l’automne et – pour notre plus grand bonheur – relance de la saison culturelle !

Mais septembre, c’est aussi l’occasion de mettre un peu d’ordre dans ses souvenirs de vacances. Chez BeCult, l’été s’est déroulé au gré des festivals. En juillet, on s’est arrêté à Dour où l’on a rencontré Antoine Pasqualini. Il nous en dit plus sur lui et surtout sur son projet, Monolithe Noir, qui ouvrait le Labo (aka. la scène des curieux), le 13 juillet dernier.

Bonjour, avant toute chose, je me permets de te présenter mon micro déguisé en troll.
Ces espèces de petits pendentifs affreux-là ?

Oui, c’est ça, ces trucs très à la mode dans les années nonante. Mais parlons plutôt de toi…
Je viens de Bretagne, une région où il y a pas mal d’histoires de trolls, de lutins et de druides. Mais je n’ai pas grand chose à dire là-dessus.

Tu es Breton, mais tu vis en Belgique depuis plusieurs années. Tu dois bien parler le ‘Belge’ maintenant ?
Oui, j’essaye même d’aller un peu plus loin en apprenant quelques expressions typiques. Je vis principalement à Bruxelles mais ma petite copine est liégeoise donc, quand je vais là-bas, je découvre encore une autre facette du ‘Belge’.

Et comment es-tu arrivé à Bruxelles ?
Pour des raisons personnelles d’abord, puis je suis tombé amoureux de la ville. J’adore Bruxelles, c’est une ville dans laquelle on peut rester coincé pendant très longtemps. Je crois que ça va bientôt faire quatre ans que je suis là et c’est le grand amour ! En plus, je m’occupe d’un magasin de disques qui se trouve juste en face du Botanique. Donc maintenant, il y a mon travail, il y a la musique, ici. Bruxelles est une ville super vivante, pleine de mélanges. Et puis, ici, on ne fait pas de chichis surtout !

Si tu es en Belgique depuis quatre ans et plongé dans l’univers musical bruxellois, tu connaissais probablement déjà un peu le festival de Dour ?
Oui, je connaissais. Je regardais souvent la programmation… mais j’étais un peu loin des festivals ces dernières années. Faute d’argent. Faute d’envie peut-être aussi. Je me sens un peu bête maintenant que je suis ici et que je découvre l’ambiance qui est vraiment super. Après, ce que j’apprécie par dessus tout, c’est de jouer. C’est un peu mon obsession : jouer.

C’est plutôt une bonne obsession…
Oui, encore faut-il pouvoir jouer. Cette année, c’est le cas et j’en suis super heureux !

Ce « matin », tu nous as proposé le premier concert du festival au Labo, la scène des curieux. Est-ce que tu te définirais comme quelqu’un de curieux ?
Ça fait partie de mon travail au magasin de disques, je suis obligé d’être curieux et d’avoir envie d’écouter des choses tout le temps. J’aime beaucoup savoir aussi comment font les autres. C’est souvent ce qui m’intéresse et m’inspire dans mon travail.

Et cette grosse boîte que tu apportes sur scène avec toi et qui te donne des airs de téléphoniste, c’est quoi au juste ?
Mon synthéthiseur modulaire… C’est mon outil de travail mais ça pourrait aussi être un outil didactique pour comprendre comment des claviers ou synthétiseurs fonctionnent. C’est comme voir l’intérieur d’une machine de voir ses câbles et pouvoir les arranger comme on veut pour trouver de nouvelles sonorités.

Pendant ton concert, les images projetées en fond de scène donnaient une atmosphère ‘cabinet de curiosités’ à ton show. Comment les choisis-tu ?
C’est essentiellement des images d’archives, libres de droits. Je les utilise, les travaille, les monte et les répète. Mais c’est un truc que j’ai envie de développer. J’aimerais pousser le concept plus loin et faire interagir la musique et l’image. Dans ma tête, ça a toujours été deux choses qui devaient fonctionner de paire pour ce live-là. J’estime en effet qu’il n’y a pas suffisamment à voir. Et puis, je n’aime pas trop les lumières donc je préfère qu’il fasse sombre.

Au lieu de sortir tous les titres de ton album, Le Son Grave, d’un coup, tu as préféré les dévoiler au fur et à mesure de leur création. Pourquoi ? Parce que tu cherchais des retours ou parce que tu voulais montrer l’évolution de ton travail ?
J’ai essayé de me mettre des objectifs et de m’y tenir. Au bout d’un moment, je me suis un peu lassé. Mais ça restait intéressant de voir les réactions que chaque morceau suscitait. Et puis, après avoir déjà sorti plusieurs albums avec un autre projet, j’avais envie de faire les choses différemment, et de ne pas dévoiler tout l’album d’un coup. Bon, au final, c’est quand même ce qui s’est passé. Ça a commencé progressivement et puis… Ça m’a tout même permis de comprendre un peu la façon dont les gens consomment la musique. Je réfléchis beaucoup à ça, j’essaye de comprendre comment on peut sortir de la musique aujourd’hui. Enfin, à part en ayant un attaché de presse et un gros label qui lève plein d’argent à ses côtés.

Tu t’interroges en tant que marchand de disques aussi ?
Un peu, sauf que nous on arrive vraiment en bout de chaîne. Force est de constater que, dans le digital et sur internet, tout va vraiment très vite. Poster un morceau par mois, ça me permettait de prendre un petit peu le temps. Parce qu’au final, un disque n’a pas vraiment une longue vie. Il sort un jour et, le lendemain, il ne se passe déjà plus rien.

Le Son Grave existe aussi en édition limitée sur cassette.
Oui, on a sorti trente K7. Parce que ça coûte pas cher et parce que j’aime assez bien cet objet. Aux Balades Sonores (NDLR : le nom de son magasin de disques), on a plein de K7. C’est un objet que j’aime bien manipuler… même si ça rappelle certains souvenirs un peu plus ‘douloureux’. Comme quand les piles de ton Walkman tombent à plat. J’aime aussi l’idée d’un objet qui soit fait main : j’ai collé moi-même les visuels sur mes K7. Quand j’achète quelque chose, j’apprécie que ce soit fait de cette manière-là.

Sinon, d’où viennent tes titres ? Est-ce qu’il y a une histoire derrière tout ça ?
J’aime bien me saisir de ce qui se dit dans les conversations de la vie quotidienne. Le Son Grave, par exemple, ça vient d’une discussion autour des cours prénataux. Si j’ai bien compris, le ‘son grave’, c’est un son que la femme est censée produire avant ou pendant l’accouchement. En fait, c’est une technique de respiration.

Ça reste plutôt joli comme métaphore…
Métaphoriquement, oui. Et puis, je trouvais que ça correspondait vraiment au son que je cherchais. Que c’était en accord avec l’identité et l’esthétique musicale de ce projet.

Et Monolithe Noir, ça vient d’où ?
2001, l’Odyssée de l’espace.

Un des titres de ton album s’intitule Profondeville ? Un coup de coeur pour ce village peut-être ?
Sur Google images, oui… On rigole souvent avec un copain qui tient un label. On a le projet de demander le titre de citoyen d’honneur à la commune de Profondeville. En fait, à une époque, j’avais des plans ‘roadie’ du côté de Marche-en-Famenne et, sur la route, il y avait une sortie pour Profondeville. Ça m’intriguait vraiment. Je trouve que c’est un super nom de vile. Même si c’est pas super rassurant en fait…

Sinon, tu as eu l’occasion de profiter un peu du festival après ton concert ?
J’ai pu voir Kate Tempest mais j’ai pas encore eu l’occasion de voir beaucoup d’autres choses.

Des groupes que tu voudrais aller voir ?
Il faudrait que je regarde le programme pour savoir. J’irai voir NAS, c’est sûr. Je vais sûrement aller voir Trentemøller aussi. Et puis pour le reste, on verra !

Propos recueillis par Jen H.

Crédit photo : Mara De Sario