Interview : Black Basset Records

Posted on 19/10/2013

Lancé en juin 2013 par deux passionnés, le tout jeune label DIY Black Basset Records (BBR) ne compte pour l’instant que quelques groupes à son actif mais fait déjà parler de lui dans le milieu musical bruxellois. Didier Gosset, l’un des membres fondateurs de la structure, nous a accordé une interview.

Comment vous est venue l’idée de créer un label?

Comme une folle envie de jeter l’argent par les fenêtres! Plus sérieusement, ça a été une sorte de cheminement logique. On bosse tous les deux dans la musique au sens large (c’est ce qui paie notre loyer) mais on y a surtout tous les deux vécu un bon paquet d’expériences personnelles : bénévolat en salles, groupes, fanzine et surtout organisation de concerts. J’ai d’abord organisé des concerts tout seul pendant plusieurs années puis nous avons rejoint le collectif heXaGEN, au sein duquel nous proposions une programmation régulière et variée. Cela reste une activité aussi casse-gueule que plaisante mais j’avais personnellement l’impression de commencer à tourner en rond, d’être arrivé à un palier et d’y rester coincé.

Au fil des années, les rencontres se sont multipliées et j’ai vu un paquet de groupes de qualité galérer pour se faire entendre. Même si nous avions décidé de lever le pied en terme d’organisation, il était clair que nous n’allions pas devenir musicalement inactifs pour autant. Du coup, l’idée nous est venue, de manière assez organique, de lancer un micro-label qui reposerait sur les mêmes valeurs et les mêmes envies qui faisaient que nous étions actifs dans l’organisation : mettre en avant des groupes qui nous touchent et que nous estimons mériter une plus grande attention. Aujourd’hui, nous organisons toujours des concerts mais uniquement autour des groupes de Black Basset Records.

Pourquoi Black Basset Records?

Il se fait qu’on a un chien qui a une bonne bouille de rock star et que c’est un basset noir! Une discussion endiablée avec Punchkid (bassiste de Siamese Queens) plus tard et le logo faisait son apparition. Il n’y a vraiment pas eu de gros brainstorming sur le sujet. La seule autre idée de nom, c’était Nepotism Records. Mais parler de népotisme et de label, c’est presque un pléonasme.

Vos productions sortent uniquement en version digitale et sur vinyle, pourquoi?

Le digital, pour des raisons évidentes : c’est le meilleur moyen de faire circuler de la musique, que ce soit en téléchargement ou en streaming. C’est ce qui permettra aux plus curieux de découvrir les groupes. Pour le reste, ce n’est pas nouveau que les ventes de musique sur support physique sont en chute libre. Quitte à demander aux gens de débourser de l’argent pour supporter un artiste, autant leur proposer un bel objet en échange. Et en termes de beauté et de qualité d’écoute, rien ne vaut le vinyle. Il peut se décliner de nombreuses manières et nous comptons jouer là-dessus : couleur, poids, inserts, laquage, etc.

Les groupes que vous produisez ont des styles très différents. Comment vous les choisissez? Est-ce que c’est vous qui allez vers eux ou l’inverse?

Des styles très différents en effet, parce que nous voulons le label à notre image, c’est-à-dire diversifié en termes de genres. Je n’irais pas jusqu’à dire qu’on écoute de tout, loin de là, et il y a peu de chances qu’on s’intéresse à un projet dubstep ou un double album concept afro-beat, mais la porte est ouverte.

Nous avons d’ailleurs, et je trouve cela assez surprenant pour un micro-label tout neuf qui n’a pas encore d’expérience réelle au compteur, reçu un certain nombre de “candidatures spontanées”, dont certaines assez rocambolesques.

Les deux premières « signatures » BBR, à savoir Billions of Comrades et Mont-Doré, sont plus des affaires de copinage, des arrangements intuitifs entre personnes qui se connaissent. Pour Seilman Bellinsky, ce sont des membres du groupe qui nous ont approché. Dans tous les cas de figure, tout est basé sur des expériences passées, avec des gens que nous connaissons relativement bien et avec qui nous avons déjà travaillé.

Sur quels marchés distribuez-vous vos productions?

Pour le digital, la distribution est quasiment mondiale, via les plateformes classiques de streaming et de téléchargement (Spotify, Deezer, iTunes, Amazon, eMusic, 7Digital et pas mal de plateformes américaines). Le EP de Mont-Doré et Altars, le premier single de Billions of Comrades, seront également bientôt disponibles sur la plateforme scandinave GogoYoko et sur 1DTouch en France, ce qui nous fait très plaisir car elles sont très attentives à la rémunération équitables des artistes.

Pour les vinyles, nous travaillons avec une distribution sur le Benelux, la France, la Grande-Bretagne et l’Allemagne. Bref, les pays où, dans l’état actuel des choses, il y a le plus de chances de croiser des groupes BBR sur la route. Sachant que, de toute manière, puisque nous travaillons avec des petites quantités (de 300 à 500 exemplaires), il n’y en aura pas partout, ni pour tout le monde.

Comment ça se passe quand vous produisez un groupe né hors de nos frontières?

La sortie se fait en général avec d’autres labels et collectifs, comme pour Seilman Bellinsky. Et, dans leur cas, la personne qui s’occupe de leurs visuels et de l’artwork de l’album a un ancrage bruxellois marqué. Disons qu’à notre niveau, je ne vois pas encore l’intérêt de se mettre tout seuls à l’eau avec un groupe avec qui nous aurions peu ou pas de contacts directs.

A l’heure actuelle, pourquoi passer par un label quand on est un groupe alors qu’au final on a les moyens de faire tout soi-même?

Parce que l’idée même d’un label, c’est qu’il injecte de l’argent et du temps dans un projet musical. Et que bon nombre d’artistes préfèrent se concentrer sur leur musique, plutôt que de s’occuper de leur pressage, de leur tournée à venir ou de leur promo. Ce qui est logique. Ce n’est pas un hasard si, au niveau professionnel, il y a autant de métiers de la musique. Tout cela prend du temps.

Et est-ce que vous pensez que les labels indépendants ont un avenir?

Je t’avoue que je trouve la question un peu bateau, d’autant plus qu’elle nécessite une grosse distinction entre :

♦ les grosses structures indépendantes professionnelles comme PIAS ou N.E.W.S. qui ont un accès digne de ce nom aux médias, une distribution excellente, une force de frappe financière relativement conséquente (toutes proportions gardées) par rapport aux majors et surtout qui sont propriétaires du copyright de bon nombre de leurs sorties ;
♦ des petites structures indépendantes mais professionnelles comme Talitres ou Born Bad qui fonctionnent assez bien notamment grâce à l’énergie démentielle de leurs fondateurs ;
♦ des micro-structures comme Cheap Satanism Records, Honest House ou nous-mêmes. Dans notre cas, c’est plus du “labour of love” qu’un plan de carrière. On sera déjà bien content de rentrer dans nos frais et on ne compte pas les heures passées à bosser sur nos projets.

Mais pour en revenir à ta question, oui, je pense que les labels indépendants ont un avenir, chacun à leur manière, quelle que soit leur niveau d’implication.

Quelle est votre plus grande fierté?

Par rapport au label? Rien pour le moment! On se la ramènera éventuellement d’ici quelques années mais, d’ici là, il y a du pain sur la planche.

Et votre plus grand regret?

Aucun jusqu’à présent, heureusement.

Quel groupe rêveriez-vous de produire?

Je n’en sais rien, je ne vois pas les choses comme cela. Nous avons proposé à quatre artistes de bosser avec nous et ils ont tous dit oui. Cela suffit amplement à nous faire plaisir et à transformer notre rêve de label en réalité. D’une certaine manière, le fait de travailler avec des gens impliqués dans des groupes comme Papier Tigre, Goudron ou Fordamage nous fait très plaisir parce que c’était un peu inattendu. Nous avons entendu les quatre albums qui seront les quatre premières sorties de BBR : ils sont bons et ce sont des disques que, en tant qu’amateurs de musique, nous achèterions sans aucun doute. Je ne vois pas ce que nous pourrions demander de plus…

Une exclu par rapport à vos projets à venir?

Nous allons collaborer avec le label britannique Palm Reader Records pour la sortie du nouvel album de Castles, Fiction or Truth?, le mois prochain… en attendant une autre collaboration encore plus concrète en 2014. Nous sommes ravis car ce nouveau Castles, produit par Kurt Ballou de Converge, est vraiment excellent! Un projet avec un groupe français est actuellement également à l’étude, avec pour objectif une sortie en juin 2014. Cela devrait ravir les fans de post-rock/math-rock qui aiment une petite touche d’électro.

Quelques conseils pour les artistes qui débutent?

Jouez, tournez, allez au casse-pipe, faites des concerts partout où l’on veut bien de vous, il en restera toujours quelque chose!

Les prochaines dates Black Basset Records :

♦ 01/11/13 : Mont-Doré + Tiger Magic + Augures à La Péniche Fulmar
♦ 23/11/13 : Seilman Bellinsky + L.T.D.M.S. au LR6
♦ 03/12/13 : Billions of Comrades (release party) chez Madame Moustache

Propos recueillis par Hélène Many