Ghostpoet © Carl Lambert

Ghostpoet à l’AB : quand l’obscurité illumine la nuit

Posted on 14/02/2018 by BeCult

Magistral, c’est le mot qui qualifie le mieux la prestation qu’a livrée Obaro Ejimiwe, aka Ghostpoet, ce vendredi 2 février à l’AB Club. Touchés en plein cœur par sa voix caverneuse et ses textes d’une beauté sombre, dès ses débuts, il y a huit ans, on n’a donc pas manqué l’occasion d’assister à l’une des premières dates de la tournée promo de son quatrième et nouvel album : Dark Days + Canapés.

New wave, electro, blues, jazz, folk, rock, hip-hop, impossible de faire entrer Ghostpoet dans une case et c’est tant mieux parce qu’il déteste les classifications. « Être mis dans une case, c’est tellement réducteur ! », s’exclamait-il d’ailleurs au micro de la RTBF il y a trois ans.

Comme l’être qui l’incarne, Ghostpoet combine deux facettes : fantôme et poète. Fantôme au sens d’esprit, d’entité immatérielle qui, par opposition à un personnalité médiatique, s’efface derrière sa musique pour laisser place à l’art. C’est en tout cas le sentiment que l’on a face à cet homme qui se dresse devant nous ce soir. Un homme humble et sincère qui semble apprécier le contact humain et être réellement comblé par l’affection que lui porte son public. Et puis un poète, car, oui, Obaro Ejimiwe est un poète. Un MC désabusé qui, sous sa nonchalance vocale, fait résonner les mots, les sonorités, évoque des images, dévoile une vision, suggère des sensations, des émotions.

Ce soir, on aura droit à 21 titres, rappel compris, survolant ainsi les différents albums produits par le chanteur et musicien anglais avec une prédominance de morceaux issus du dernier en date, Dark Days + Canapés, et du magnifique Shedding Skin avec lequel il avait décroché sa seconde nomination au Mercury Prize, en 2015. Deuxième car, quatre ans plus tôt, il avait déjà été nominé pour ce prestigieux prix qui récompense l’album britannique ou irlandais de l’année, avec son premier LP : Peanut Butter Blues & Melancholy Jam.

La soirée s’ouvre sur Many Moods At Midnight, un titre qui relate la fin d’un couple et qui plante magnifiquement le décor du dernier opus : une plongée au cœur d’un univers authentique où les pensées noires et tourmentées font par moments place à une petit lueur d’espoir qui vient rompre l’obscurité.

Costume noir, regard scintillant, montures épaisses et grosse bague en argent, Obaro Ejimiwe a la classe, la prestance d’un Ian Curtis et la voix d’un Nick Cave. Elégance folle et sensualité, un cocktail détonnant qui fait vibrer notre carcasse au rythme des compositions de cet artiste inclassable.

Un live entre autres marqué par les riffs bien rock de Better Not Butter et d’Immigrant Boogie, la douceur des voix de Nadine Shah (X Marks The Spot), d’Etta Bond (Yes, I Helped You Pack) et de notre compatriote Mélanie De Biasio (Shedding Skin) ici remplacées par la chanteuse/claviériste du live band, la rythmique slow façon Thom Yorke de Trouble + Me et le refrain entêtant de Freakshow. Un set d’une heure et demie qui se terminera par un rappel entièrement consacré au premier album : Peanut Butter Blues & Melancholy Jam (Cash and Carry Me Home et Liiines).

Une prestation magistrale dont on ressortira des étoiles plein les yeux et un vinyle sous le bras avant de se rendre à l’afterparty programmée chez Madame Moustache. Un seul regret : ne pas avoir entendu le sublime Sorry My Love, It’s You Not Me, un titre paru sur Shedding Skin dont la ligne de basse, les roulements de batterie et le mélange des voix nous retournent les tripes à chaque écoute. See you back soon, Ghostpy !

Hélène Many

Retrouvez toutes les photos dans notre rubrique En Images

Crédit photo : Carl Lambert