Dunk!festival 2019 #Jour2

Posted on 08/06/2019

Après une courte nuit de sommeil (les Espagnols de la tente d’à côté n’avaient pas l’air d’avoir envie de dormir), on entame la deuxième journée de festival un peu moins fringants qu’au premier jour.

On profite de la petite heure qu’il nous reste avant le début des concerts pour se poser sur un banc dans la cour du Populier et passer en revue les photos de la veille avec Félicie. Sa sélection pour la preview effectuée, à nous maintenant de mettre l’album en ligne. Avec un PC d’une lenteur incroyable, un réseau wifi capricieux et quasi pas de 4G, une simple publication de photos sur Facebook prend tout de suite un certain temps. Mantis déroulera donc ses accords sous le chapiteau sans nous.

Après un détour par la forêt pour jeter une oreille au set des Louvanistes de Wanheda, qui ne nous emballe pas plus que ça, on se dirige vers la Main Stage pour applaudir Baulta. Le soleil a fait son apparition dehors mais la température sous chapiteau est tout à fait raisonnable. Ce qui n’a pas toujours été le cas lors des éditions précédentes. Les Finlandais combinent sans effort une grande variété de sons pour composer des mélodies à la mélancolie prégnante, dans les moments calmes comme dans les explosifs. Une belle prestation, très applaudie par le public, mais qui ne marquera pas forcément notre esprit. Il faut dire qu’Ufomammut a mis la barre haut hier soir et qu’il est parfois difficile de se mettre dans l’ambiance en plein après-midi !

De retour au QG – c’est le nom que l’on a donné à la cour de l’auberge de jeunesse – on se pose pour mettre nos impressions sur papier et constate que notre ami Xavi Forné (Error! Design) est arrivé à Zottegem. Graphiste officiel du Dunk! depuis quelques éditions et de pléthore d’artistes post-rock, il est aussi le guitariste du groupe Malämmar, programmé un peu plus tard dans la journée. On l’a rencontré ici, en 2014, à l’époque où il jouait encore dans Syberia. Depuis, on est restés en contact via les réseaux sociaux et apprécie de le retrouver quand il passe par chez nous. Petit détour par le merch pour jeter un coup d’oeil à ses dernières créations avant de s’engouffrer dans la forêt pour Go March.

On dirait qu’on a trouvé le groupe idéal pour égayer un peu notre journée. Le trio anversois composé d’Antoni Foscez (Statue) à la batterie, d’Hans de Prins (Millionaire) aux claviers et de Philip Weis (Manngold) à la guitare s’éloigne en effet des standards du post-rock. Une petite pause plus que bienvenue en ce deuxième jour de festival. Malgré notre amour inconditionnel pour les post-musiques, enchaîner plus d’une trentaine concerts du même genre en peu de temps peut parfois créer un effet de saturation. Avec son mélange d’electro, de math rock et d’ambient ponctuée de sonorités futuristes, Go March pourrait être l’enfant né de l’union de Battles, Kraftwerk et Mogwai. Un petit groupe de spectateurs danse sur le côté de la scène avec enthousiasme. Un enthousiasme communicatif puisque pour le dernier titre ils seront rejoints par la quasi totalité du public pour une sorte de flash mob improvisé : tous accroupis devant la scène en attendant le bon moment pour se relever ensemble d’un bond.

Après ce petit intermède dansant, c’est Pillars que l’on retrouve sur la Main Stage. La formation originaire du Midwest américain vient tout juste de sortir son deuxième et nouvel album, intitulé Cavum, sur Dunk!records. On n’avait jamais entendu parler de ce groupe avant le release de cet opus, il y a un peu plus de deux semaines. On reconnaît directement la touche américaine dans leur post-rock, dans la même vague que celui de Caspian. Comme leurs compatriotes, ils ont trouvé le juste équilibre entre ombre et lumière, puissance et mélodie et nous enveloppent de leur houle mystérieuse. Tandis que des nuages de fumigènes rouges embrument la scène, le bassiste fait des grands gestes et crie dans le vide. Jouissance pure ou simulée ? Difficile de répondre à cette question. Quoi qu’il en soit, cette tendance à en faire trop nous dérange un peu. Une attitude scénique qui tranche par contre avec la sincérité émotionnelle dont font preuve les gars de Caspian.

Cap sur le petit bois où Statue vient d’entamer son set. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que le groupe belge a un configuration assez inhabituelle. Ce ne sont pas un, ni deux, mais bien quatre guitaristes qui nous font face. À leurs côtés : un bassiste et un batteur, qui n’est autre que celui de Go March. Chapeau à lui d’enchaîner deux concerts en si peu de temps ! Vu la petite taille de la scène, certains jouent à même le sol, à quelques centimètres du premier rang de spectateurs. Plutôt sautillantes et proches du math que du post-rock, leurs compositions ne manquent cependant pas de passages lourds et noisy. Un excellent super-groupe dans lequel on retrouve, entre autres, des membres de The Guru Guru et de DVKES.

Alors que le concert de Wang Wen a débuté sous le chapiteau. On s’octroie une pause gourmande à la cafette avec le plat vegan du jour. Comptez 10 euros pour cette assiette libanaise savoureuse. Pas donné, c’est sûr, mais le jeu en vaut la chandelle. Et puis ce n’est pas tous les jours qu’on a l’occasion de manger aussi sainement en festival !

À peine le temps de souffler qu’on doit déjà repartir en direction de la Forest Stage où Malämmar est en train de s’installer. Derniers réglages avant le début du concert et préparation d’un stock impressionnant de cannettes de Primus, alignées le long des retours. On se demande comment ils vont faire pour boire tout ça ! Ce n’est que quelques minutes plus tard, avant le début du set, que l’on comprend que ces bières nous sont en fait destinées. Au départ distribuées une par une dans le public par le bassiste, les petites boîtes métalliques sont finalement envoyées dans les airs depuis la scène et rattrapées à la volée par les festivaliers les plus agiles. Heureusement que personne ne s’en est pris une en pleine figure parce que ça doit faire mal… Par chance, on a reçu la nôtre au début de la distribution et peut tranquillement la siroter en se laissant enivrer par les roulements de batterie puissants, les basses lourdes et les riffs massifs des Barcelonais. Avec son post-metal sludge, le trio espagnol réveille les âmes endormies de la forêt. On est conquis.

En remontant vers le QG, on croise Arnaud (qu’on a surnommé le Prince du Camping), Sarah et Morgane, trois festivaliers bruxellois dont on a brièvement fait la connaissance hier. On décide de se poser près d’eux pour papoter un peu et rate l’excellente prestation (selon les infos glanées a posteriori) des Suédois de A Swarm of the Sun sur la Main Stage. Une grosse demi-heure plus tard, retour dans la forêt, qu’on avait quittée après Malämmar, pour un concert d’un tout autre genre. Assis sur une chaise son luth entre les mains, Jozef van Wissem nous impressionne par sa maîtrise de cet instrument complexe peu usité. La carrière de ce Hollandais basé à Brooklyn débute en 2000 avec un premier album intitulé Retrograde: A Classical Deconstruction. En 2007, il rencontre par hasard Jim Jarmusch à avec qui il entame une fidèle collaboration. En 2013, il remporte d’ailleurs le prix de la meilleure musique originale pour la BO du film Only Lovers Left Alive au Festival de Cannes, musique qu’il a composée avec le réalisateur américain. Ce soir, le public se laisse bercer par les sonorités médiévales produites par le luthiste, qui s’envolent à travers les branches pour s’éteindre lentement dans les cieux. Un moment de recueillement dont la plupart des festivaliers profiteront les yeux fermés, tranquillement installés en tailleur sur le sol granuleux du petit bois.

Direction la Main Stage pour Kokomo. On passe les rideaux à lamelles du chapiteau quelques minutes après le début du set des Allemands. La foule, plus dense ce soir qu’en journée, s’est vue remettre d’énormes ballons de couleur qu’elle a pour mission de faire virevolter dans les airs pendant le show. Le public frappe en rythme dans les mains pendant que les cinq musiciens déploient toute leur énergie. Au fil des années, le quintette Duisbourgeois est devenu un des incontournables du festival, y faisant en 2019 sa cinquième apparition depuis 2010. Alors que la tempête de cymbales et de guitares stridentes bat son plein, des bribes de chant viennent brutalement interrompre l’envolée en cours. Le chanteur de Her Name Is Calla (qui joue demain) s’est saisi d’un micro et est maintenant assis par terre sous le regard médusé et amusé de ces confrères. À en croire le message de remerciement publié sur leur page Facebook il y a quelques jours, ils ont plutôt apprécié l’incartade du Britannique. Nous, perso, on trouve qu’il pousse le bouchon un peu trop loin, ce (Tom) Morris. Pour vous dire, on a même cru pendant un certain temps qu’il s’agissait d’un mec bourré qui avait réussi à monter sur scène, on ne sait comment, pour faire le malin devant ses potes.

Le dernier slot Forest Stage du jour est attribué à Wrekmeister Harmonies qu’on avait déjà eu l’occasion de voir à l’Incubate Festival (qui n’existe malheureusement plus depuis) en 2016. Avec son doom pastoral, le duo nous emmène à travers des paysages sonores hantés où les lamentations ésotériques du baryton JR Robinson sont magnifiées par les accords brumeux de synthétiseur, les notes distordues de violon et les harmonies vocales de sa complice Esther Shaw. Avec les lumières bleues et vertes qui illuminent les silhouettes des festivaliers et le silence qui règne à cet instant dans la forêt, de là où l’on se trouve, le spectacle est magique.

La tâche de clôturer cette deuxième journée de festival est, quant à elle, confiée à Efrim Manuel Menuck. Artiste montréalais, fondateur de Godspeed You! Black Emperor et de Thee Silver Mt. Zion, il jouit d’un statut culte auprès des amateurs de post-rock et d’avant-noise. Sur scène, il est accompagné par Kevin Doria (Growing) qui ne dira pas un mot de la soirée et ne quittera pas une seconde son poste. Tous les deux penchés sur une table remplie de synthétiseurs modulaires, les deux musiciens construisent ensemble des boucles sonores avant qu’Efrim Manuel Menuck, une fois satisfait, ne vienne se positionner derrière son pied de micro. Le visage enfuit dans son épaisse chevelure bouclée, dans un phrasé mi-parlé mi-chanté, il déclame ses textes à la beauté glacée. Une clope au bec, il sirote de temps en temps sa bière nonchalamment. Le chapiteau est moins rempli qu’hier à la même heure et le public est relativement bruyant, pourtant on se laisse prendre par l’ambiance claire-obscure captivante que les deux artistes ont réussi à créer et termine la journée en douceur.

Comme tous les soirs, on se donne rendez-vous au QG avec les copains pour danser sur les morceaux endiablés sélectionnés par les Legendary Dunk!fries, qui coupent le son bien plus tôt que les années précédentes. Qu’à cela ne tienne ! On décide de continuer la soirée entre nous sur les bancs de la clairière et tombe par hasard sur un couple de festivaliers munis d’une enceinte bluetooth portable. Petit à petit les derniers fêtards (dont deux membres des Legendary Dunk!fries) se massent autour de nous, scandant “DJ Forest” à tue-tête. On est un peu plus d’une vingtaine à avoir envie de continuer à faire la fête. L’ambiance bon enfant du moment sera finalement une peu gâchée par un mec bourré – qu’on nommera affectueusement Zateke, vu son état d’ébriété – faisant fuir le couple en question et ainsi notre unique source musicale. On achèvera donc la soirée par une “Shhhhht Party” dans les bois jusqu’à 4h30 du mat’. On vous laisse imaginer nos tronches le lendemain et notre état de fraîcheur pour entamer le 3e et dernier jour de festival !

Hélène Many

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Crédit photo : Félicie Novy