Bouillon de culture à l’Incubate Festival

Posted on 30/09/2015

Des petites rues bordées de bâtiments aux styles éclectiques, de vieilles églises côtoyant des gratte-ciel résidentiels et des pistes cyclables à faire pâlir d’envie le maillot jaune. Bienvenue à Tilburg! Depuis 11 ans, cette bourgade du Brabant Septentrional, située à moins de deux heures de Bruxelles, accueille l’Incubate Festival. Cet événement pluridisciplinaire, chéri des Tilbourgeois et apprécié par de nombreux frontaliers, se déroulait cette année du 14 au 20 septembre.

JOUR 1 – Infection

Il est environ 16h, ce vendredi, lorsque nous posons nos valises sur le sol hollandais pour une escale musicale de trois jours. Le temps de s’installer, d’avaler un plat de pâtes et de se faire sertir le bracelet au théâtre De Vorst, nous voilà en route pour le très féérique Muzentuin (Jardin des Muses). Un arbre centenaire aux feuilles teintées de couleur rouille surplombe de petites tables et chaises en bois éclairées par une ribambelle de guirlandes lumineuses multicolores… C’est dans cette atmosphère enchanteresse que les Australiens de Husky répandent leur folk édulcorée.

A l’Extase, Anton Newcombe et Tess Parks mettent le feu à la scène à coups de riffs trippants, transportant les auditeurs dans une vague psyché proche du Brian Jonestown Massacre. Les Warlocks sont, quant à eux, beaucoup moins convaincants.

Situé derrière la gare, le Hall of Fame accueille en ce moment un festival de food trucks le long de ses allées en pavés. Tandis que le monde afflue aux abords de ces petites cabines colorées proposant des plats du monde entier, nous allons jeter un oeil, et surtout une oreille, aux Grave Pleasures qui sont en train de se démener dans la salle. Ils sont en grande forme mais le son n’est pas super au point. Après un passage éclair par le skatepark abrité à l’intérieur de cette « fabrique culturelle », on se rend au Cul de Sac pour voir ce que Cayucas a dans le ventre. Mené par les jumeaux Zach et Ben Yudin, le groupe propose une indie pop ensoleillée en provenance directe de Californie.

Le plat de résistance se déguste au Dudok ce soir, avec Converge. En guise de soundcheck, le guitariste entame l’hymne national américain qu’il interprète, face au public, de manière très personnelle (mais pas avec les cordes entre les dents). On tient une vingtaine de minutes, jusqu’à ce que nos petites écoutilles nous lâchent, malgré les bouchons d’oreille bien enfoncés.

La soirée se termine sur une note électro avec la fin du set de Samuel Kerridge et le début de celui d’Esplendor Geométrico, prêt à démonter le public à coups de rythmiques industrielles et de chants aussi étranges qu’incongrus.

JOUR 2 – Incubation

La journée du samedi commence au Factorium, salle en général réservée au théâtre ou aux musiques classiques et contemporaines. L’endroit idéal pour le set à la fois intimiste et minimaliste de Sylvain Chauveau. À notre gauche, un homme s’endort. À notre droite, pareil. Malgré tout, ces respirations lourdes accompagnent à merveille le set du compositeur français.

On poursuit notre marathon culturel à la Pauluskerk, une église protestante construite au début du 19e siècle. Posté sous la chaire, sa guitare en bandoulière, King Dude a revêtu son costume de dandy de la darkfolk. Séduit par sa voix à la Nick Cave et son look façon Johnny Cash, le public est présent en masse. Le crooner de Seattle semble bien décidé à tenir le crachoir ce soir, la bouteille de whisky plus qu’entamée trônant derrière lui y étant certainement pour quelque chose.

Petit détour pour le Jardin des Muses où se produit Unknown Mortal Orchestra, juste à temps pour les accords de piano sautillants de Multi-Love et le groove envoûtant de Necessary Evil. On quitte le quatuor américano-néo-zélandais pour se rendre à l’Harmonie. La douce Corrina Repp y entame le premier soir d’une tournée de six semaines et avoue se sentir encore fraîche et dispose. Sa voix enveloppe subtilement les rythmiques et les guitares rêveuses. Tout comme King Dude à la Pauluskerk, Corrina a envie de parler mais elle passe quand même la majeure partie du set à jouer et à chanter, au contraire du “Roi Mec”. La musique est romantique, agrémentée d’un soupçon de mystère et de mélancolie. Une bande-son idéale pour la future saison de Twin Peaks.

D’ailleurs, les compositions de ce jeune français qui a le vent en poupe depuis quelques temps, auraient bien leur place dans la même série, mais pour une partie plus brutale. Jessica93 a rempli à craquer le Stadskelder ce soir et il faut jouer des coudes et des sourires pour réussir à se faufiler à l’avant. Il a grandi et assure de mieux en mieux ses lives. Le public est totalement conquis, dansant dans la mesure du possible (effet boîte de sardines oblige).

On reste au Stadskelder pour l’indus electro super agressive – entre Atari Teenage Riot et Nine Inch Nails – du duo Onmens. Le chanteur provoque la cohue dans la foule en total délire : il danse, pogote et sème la pagaille. On en oublie le guitariste, très effacé. Transpirants et contents d’avoir vu et vécu ce set acéré des Gantois pour clôturer cette folle journée mouvementée, on regrette tout même un peu d’avoir raté Ufomammut, 11Paranoias et Moaning Cities qui jouaient loin, au Natuurtheater.

JOUR 3 – Contagion

On entame notre programme du dimanche au Paradox avec Vök et son électro-pop nébuleuse combinant mélodies acoustiques et rythmiques électroniques, à la manière de The XX. Les compositions minimalistes de ce trio (quatuor, en live) originaire de Reykjavik s’appuient autant sur une esthétique froide que sur la voix légèrement voilée et si particulière de sa chanteuse. Un jeune groupe à suivre, assurément!

Au Cul de Sac, The Rebel, chemise rentrée dans le pantalon, chapeau de cowboy vissé sur la tête et lunettes métalliques à la Stephen King sur le nez, raconte ses comptines country à un public attentif. On switche pour le Studio du Théâtre où le duo basse-guitare-chant Girlpool nous envoûte avec ses histoires de la vie de tous les jours et ses amours désabusées. On craque totalement pour ce girls band au look atypique et on fond à l’écoute des paroles.

La soirée s’annonce chaude au Little Devil, le bar des hard rockeurs de Tilburg, où Brutus assure un set énergique. Tous les yeux sont rivés sur la batteuse-chanteuse Stefanie, qui se donne à fond derrière ses futs. Un sans-faute pour les Louvanistes en cette belle soirée de clôture de l’Incubate.

Révélée à la fin des années 80 avec le titre Buffalo Stance, Neneh Cherry avait disparu des charts après la sortie de son troisième et dernier opus, Man, en 1996. Plus de 18 ans se sont donc écoulés avant qu’elle ne revienne à la musique avec Blank Project. Pour cet album, elle a fait appel aux musiciens de RocketNumberNine et au producteur britannique Kieran Hebden, alias Four Tet. C’est au Jardin des Muses qu’elle nous attend ce soir. Et on peut dire qu’à 51 ans, la belle suédoise n’a rien perdu de son énergie créative. A la fois groovy et électro, tribaux et poétiques, ces dix nouveaux titres sont à apprécier en live plus que sur support, où ils peuvent parfois sembler trop expérimentaux, voire légèrement indigestes pour les oreilles non initiées. Malgré de nombreux problèmes techniques, elle ne se démontera pas et usera de son humour pour faire passer la pilule auprès du public, qui ne lui en tiendra nullement rigueur. Une prestation sincère et captivante de laquelle on ressortira avec la banane et le cœur léger.

Pendant ce temps, au Little Devil, The Black Heart Rebellion entame son soundcheck devant une salle bien remplie. On palpe une once de stress qui s’évanouira vite une fois le concert commencé. On repère deux nouveaux titres : le premier single Near To Fire For Bricks et un magnifique dernier morceau intitulé Violent Love. Une chose est sûre, on ne manquera pas la sortie de leur nouvel opus, le 23 octobre prochain, via la nouvelle écurie musicale gantoise : 9000 Records.

Il n’aura fallu que trois jours aux germes de l’Incubate pour infiltrer la moindre cellule de notre organisme. On espère avoir ramené quelques miasmes dans nos bagages et réussi à vous transmettre le virus du bout de notre plume. Rendez-vous est d’ores et déjà fixé à Tilburg, du 12 au 18 septembre, pour la 12e édition de ce festival pas comme les autres!

Hélène Many et Nancy Junion

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