Anna Von Hausswolff © Félicie Novy2

Anna Von Hausswolff à l’Ancienne Belgique

Posted on 28/05/2018 by BeCult

Ce lundi 28 mai, la soirée s’annonce chargée en électricité. Alors que des orages s’abattent un peu partout sur notre plat pays, l’AB Club est baigné d’une lumière rouge et plongé dans une atmosphère suffocante. Ce soir, la salle attend fiévreusement la talentueuse organiste et vocaliste Anna Von Hausswolff.

C’est tout d’abord au tour de l’anversoise MIAUX de nous inviter à pénétrer dans son univers étrange et pailleté. Occupant l’avant-scène, seule derrière son synthé, elle porte un pull vintage scintillant qui réfléchit les faisceaux des deux spots croisés derrière elle. Des mélodies nostalgiques se dégagent de son clavier, évoquant le cortège lancinant d’un carnaval triste. On s’imaginerait bien s’éveiller au son de ces arpèges cristallins, découvrant une planète encore sauvage. Les différents titres ne sont pas sans rappeler les ambiances kitsch assumées des soaps opéras des 90’s. Les compositions de MIAUX frôlent tellement la bande originale que le manque de visuels et de mise en scène nous laisseront au final un peu perplexes.

La salle se remplit considérablement. L’éclairage sur scène vire au bleu. Dans cette ambiance abyssale, des silhouettes sombres se dessinent à contre-jour. Après un faux départ, l’orgue retentit solennellement. Le public est silencieux, le moment presque religieux. Le set s’ouvre avec The Truth, The Glow, The Fall, tout comme le dernier album de la formation suédoise. Le groupe happe l’audience dans son oraison mystérieuse. Moins d’une dizaine de minutes plus tard, un homme visiblement bien éméché interpelle Anna, lui demandant d’où elle vient. Dans sa générosité et sa bonne humeur contagieuse, celle-ci lui répond qu’ils ont voyagé tout ce chemin depuis Paris, qu’ils étaient à Strasbourg juste avant, mais qu’ils sont surtout arrivés de Suède. Après ce tour d’horizon des origines géographiques de l’équipe qui l’entoure, elle finit par enchaîner sur le morceau The Marble Eye, suivi de Pomperipossa. À notre tour de parcourir un long chemin à travers les mers et les montagnes…

Chaque nouveau passage est un voyage intérieur, un microcosme contrasté où sa voix tantôt angélique (« I’m restless, I’m older, I’m heavy like a stone », reprendra-t-elle a cappella sur la mélodie d’Ugly and Vengeful), tantôt spectrale et hystérique vient contrebalancer les basses subaquatiques et massives. Le son est intrusif, dévastateur, ce qui n’est pas sans rappeler Swans, avec qui elle a d’ailleurs partagé quelques dates l’année dernière. Au plus les titres se succèdent, au plus le public est enthousiaste, et Anna totalement possédée par son instrument de prédilection, qu’elle finira toutefois par abandonner à l’arrière-scène pour se rapprocher de l’audience, nous rapellant ces bardesses d’antan, chantant des contes et légendes d’un autre monde aux passants. Elle ne cessera de nous remercier d’être venus si nombreux avant de clore la soirée avec un rappel (Gösta) mémorable. L’enchanteresse scandinave descendra parmi la foule qui se scindera en deux pour lui ouvrir le chemin qu’elle traversera en chantant et en prenant le temps de croiser un grand nombre de regards étonnés et émerveillés.

Alors ce concert ? Un somptueux moment de poésie sombre où le calme et le chaos se sont unis.

Éléonore Benini

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Crédit photo : Félicie Novy